dimanche 9 juin 2024

L'Asne et le Loup vert


L'Asne et le Loup de Saint-Marcan


Le texte le plus ancien qui nous relate l'histoire des origines du Mont‑Saint‑Michel a été rédigé par les religieux au Xe siècle. On peut y lire qu'en des temps extrêmement reculés, des moines vivaient déjà sur le rocher « Ces moines dévoués au service du Seigneur étaient nourris par une disposition providentielle du Dieu qui gouverne tout, grâce à l'aide que leur portait un prêtre du village qu'on nomme Asteriac (aujourd'hui Beauvoir). En effet, lorsque les vivres, sans lesquels la vie humaine ne peut subsister, venaient à leur manquer, une fumée montant vers le ciel leur servait de signal et ce prêtre chargeait un âne de provisions garnies d'authentique charité : conduit par un guide invisible, en ces lieux sans chemin l'animal allait et revenait portant ce que Dieu ordonnait et qui leur était nécessaire... »



Cette jolie légende a été encore embellie au XIIe siècle par Guillaume de Saint-Pair, moine à l'abbaye et auteur d'une histoire du Mont en français, le Romanz del Munt Seint Michiel (Livre I, chapitre 2). Notre trouvère bénédictin nous raconte qu'un jour où l'âne remplissait son office habituel…


Un loup allait par le chemin

Qui l'encontra l'a mis à terre,

Etranglé l'a, puis le mangea.


Les ermites isolés sur le rocher attendirent en vain leur pourvoyeur de nourriture. Ils s'en remirent alors à Dieu qui leur envoya le loup. Celui‑ci se présenta humblement devant les religieux qui, comprenant ce qui s'était passé, lui ordonnèrent de remplacer l'âne qu'il avait mangé. De ce jour, le loup porta les sacs sur son dos et devint, pour les habitants de la baie, un animal familier que chacun appelait et caressait. Les chiens mêmes jouaient avec lui, nous assure Guillaume de Saint‑Pair.



Cette belle histoire a sans doute été empruntée par l'auteur à des traditions bretonnes, le thème, en effet, se retrouve dans des récits armoricains d'époque carolingienne et romane, notamment les vies de saint Hervé et de saint Malo. À quelques kilomètres à l'ouest du Mont, l'église de Saint‑Marcan conserve une statue du saint patron dont les pieds reposent sur un loup dévorant un âne : cette sculpture perpétue le souvenir d'une légende identique.


Extrait de :


"Contes et légendes du Mont-Saint-Michel"

de Marc Déceneux

aux Éditions Ouest-France


Voir également sur :



« Une fois, un pauvre paysan, plein de bonne volonté, mais qui n'avoit gueres de bien, fit present au saint Prelat d'un jeune asnon pour le service de sa maison; le Saint, ayant plus d'égard à la bonne volonté du donneur qu'au présent, l'en remercia, &, depuis, se servoit de cét animal pour porter son bois et ses autres provisions; mais le loup, ayant trouvé cet asne à son avantage, le dévora : ce que rapporté à saint Malo, il se transporta à la prochaine forest, &, ayant fait couper & fagoter un gros faix de bois, appella le loup qui avoit mangé son asne; le loup comparut, &, d'arrivée, se jetta aux pieds du Saint, comme demandant pardon de ce qu'il avoit fait; mais, ne se contentant de cette satisfaction, il le condamna à servir au même usage à quoy servoit la beste qu'il avoit dévorée. Le loup se leva & tendit le dos, sur lequel fut chargé le faix de bois, &, depuis, il devint si domestique & serviable, qu'on en tiroit beaucoup plus de profit & service que de l'asne; &, bien qu'il mangeast et logeast en même étable avec les autres bestes, il ne leur faisoit point de mal. »

Une légende semblable existe à Loc-Envel, situé près de Belle-Isle-en-Terre.

Loc-Envel tire son nom du vieux breton « lok », qui signifie « lieu sacré », et d'Envel, un abbé britannique venu s'installer s'y installer, au VIe siècle.


Saint Envel “le Grand”, devenu abbé, s’établit au sud du Guic, à l’emplacement de l’église actuelle de Loc-Envel (qui date du XVIe), sur le coteau méridional situé à l’orée occidentale de la mystérieuse « forêt de la Nuit » (Koat-an-Noz où le jour se couche) qui se continue à l’est du Léguer, par la « forêt du Jour » (Koat-an-Hay où le jour se lève).


Saint Envel “le Petit”, anachorète solitaire, installa son habitat sur la colline opposée, là où se trouve la Chapelle du Bois (Chapel Ar Hoat), en Belle-Isle-en-Terre dont il est le patron.


Note : En breton Henvel signifie « semblable ».

Les deux frères sont fêtés les 3 et 11 décembre.


Sainte Yuna, quant à elle, s’établit à Plounévez-Moëdec.


La rivière séparait ainsi Yuna et ses frères qui avaient fait vœu par esprit de contrition, de ne jamais plus se revoir, tout en continuant à prier ensemble.


Chaque jour qui passait, Yuna faisait sonner sa cloche à l'heure de la prière.


Au lendemain de grandes pluies d'orage, le Guic grossi roulait avec un tel fracas que les frères Envel ne pouvaient entendre la cloche de Yuna. Alors Envel “le Grand” dit au torrent depuis Loc-Envel : « tao, tao dourik mik, ma kévi kloc'h ma c'hoarik » (tais-toi petite eau, que j'entende la cloche de ma sœurette). Sur le coup, les eaux cessèrent leur tumulte. Et depuis lors, même au temps des déluges d'automne, le Guic roule sans bruit sur son lit de cailloux.


Un jour, la cloche de Yuna ne sonna point et ses frères comprirent que leur sœur était morte.



Sur ce vitrail, en bas, à gauche est représentée une barque dans laquelle sont trois personnages ; sur une banderole, on lit : arrivée en Bretagne ; sur le bordage du navire, on lit, au-dessous des personnages : St Envel, St Envel le petit, Ste Jeune ; voici donc apparaître le second Envel et la sœur sainte Jeune.

Le panneau en haut à gauche représente le saint, toujours en costume de laboureur, qui fouette un loup attelé à une herse ; au premier plan, le cadavre de l’âne du saint dévoré par le loup qui fut tout simplement condamné à le remplacer.

En bas à droite, nous voyons Envel en costume de laboureur qui pousse au travail un cerf attelé à la charrue. On aperçoit au second plan le brigand qui s’enfuit avec le cheval qu'il vient de voler.

En Bretagne on retrouve une légende identique dans la vie de saint Hervé, et dans les traditions orales relatives à saint Thégonnec ; dans la vie de saint-Malo, le loup, et dans la vie de saint Martin de Vertou, un ours, remplacent l’âne qu’ils avaient dévoré.



Une légende simiaire se situe entre l'abbaye Jumièges dirigée par Saint-Philibert et l'abbaye des moniales de Pavilly dirigée par Sainte-Austreberthe.

Sainte-Austreberthe et ses religieuses avaient l'habitude de blanchir les linges de sacristie de l'abbaye de Jumièges distante de quelques lieues de Pavilly. Un âne avait été dressé pour transporter seul le linge d'un monastère à l'autre. Or, un 10 février (?), l'âne se retrouva face à face avec un loup qui se jeta sur lui et le dévora.


Sainte-Austreberthe apparut, réprimanda le loup, et le condamna à remplir les fonctions dont sa victime s'acquittait auparavant. C'est ainsi que le loup accomplit jusqu'à la fin de sa vie sa tâche avec humilité et soumission.


Sur le lieu de la mort de l'âne fut érigée une chapelle, au VIIe siècle, puis, quand le monument fut ruiné, une simple croix de pierre le remplaça. Elle sera remplacée à son tour par un chêne, dans lequel furent placées plusieurs statues de la Vierge, nommé chêne à l'âne.





À Jumièges, la légende diffère : c'est Saint-Philibert qui gourmande le loup.


Dans les deux versions, le Loup devient Vert après avoir dévoré l'Asne.


Des religieuses venues de Pavilly fondèrent vers l’an 1000 un monastère à Montreuil-sur-Mer.


Les moniales étaient en relation avec « la confrérie de Saint-Jean » à Jumièges et « la confrérie du Ver Montant » à Montreuil-sur-Mer, confréries attestées depuis le Moyen Âge.


Elles rapprochaient le culte de Sainte-Austreberthe (et son loup) avec Saint-Jean le Baptiste, car la manifestation principale des deux confréries consistait en une manifestation à l’occasion de la fête de la Saint-Jean (23 juin). Les deux confréries avaient pour tâche essentielle de choisir pour l’année, la veille de la Saint-Jean, le « Loup Vert ».



Ces légendes sont à rapprocher des légendes celtiques qui relatent l'affrontement entre le Roi Houx et le Roi Chêne.


Le Houx et l'Asne règnent sur la période qui va de la Saint-Jean d'été à la Saint-Jean d'hiver.

Ils sont associés à l'énergie Métal de l'automne, au côté droit, à l'ouest, au couchant, à l'intériorisation, à la concentration, la mesure, la limitation, le lâcher-prise, au Yin. 

Le Chêne et le Loup Vert règnent sur la période qui va de la Saint-Jean d'hiver à la Saint-Jean d'été.

Ils sont associés à l'énergie Bois du printemps, au côté gauche, à l'est, au levant, à l'extériorisation, la dispersion, à l'affirmation, à l'expression, au rayonnement, au Yang. 

Pendant la période descendante (de la Saint-Jean d'été à la Saint-Jean d'hiver) l'Asne est le véhicule / le passeur / le Christophore de l'énergie de Vie, le passeur de l'or solaire, le porteur des mystères.

C'est le 17 janvier (fête de Sainte-Roseline), sur la montagne du Capricorne, que le Loup mange l'Asne et reprend ses fonctions, tandis qu'il devient Vert. Cette date ouvre le temps des purifications (Imbolc et Saint Blaise), des Lupercales qui sont les prémisses du printemps.

Lorsque le loup mange l’âne, le Ciel et la Terre s’unissent, et la Terre reverdit. La lumière revient que l’on célèbre le jour de la Chandeleur en allumant des cierges verts

Cf.


L'Asne et le Loup vert nous renvoient à Osiris et Seth, à Hénoch et Elie, à Jésus et Jean-Baptiste (le crucifié et le décapité), à Pierre et Paul, à Janus, aux jumeaux divins, aux deux oliviers qui alimentent en huile le chandelier.



La vieille : écriture “aSne” met en évidence le S (le Shin, la triple flamme, le Fou) et en l’esprit, l’”S” prie ! Or l’”S” est double, l”S”céleste est solaire (Esse, Essénien, Essence, Jesse) — c'est le loup et le (S inversé) terrestre est lunaire — c’est l’âne ! Lorsqu’ils s’épousent, ils donnent naissance au 8, symbole d’éternité et du Christ cosmique.





L'Asne sacrifié et le Loup sacrificateur sont les deux faces d'une même Unité, le Point Germe, l'Homme cosmique primordial dont nous parle le Rig Véda — L'Hymne à Purusha / Purusa, parfois représenté sous la forme d'un cerf.

« Hors, le Cerf au Commencement se répartit ainsi :


    - Sa poitrine devint la Terre...
    - Son dos devint le Ciel...
    - Le milieu de Son corps, l'Espace... »


Dans les récits védiques, Purusha est l'homme cosmique dont le sacrifice a créé toute vie.


Purusa  est à la fois présenté comme la totalité cosmique et comme un être androgyne… Il engendre l’énergie féminine créatrice appelée Virâj. Purusa précède la création : le Cosmos, la Vie et l’Humanité résultent de son corps sacrifié. Le terme Purusa désigne l’homme, mais on imagine l’Homme Total, une sorte d’archétype universel…


Les druides nomment ce sacrifié suprêmeCernunnos. Il est la clé de voûte du panthéon celtique. Illustrant la loi de l'éternelle renaissance : tandis que l'on broie le grain lors d'un rituel, il meurt supplicié pour ressusciter dans les jeunes graines en germination. La Cervoise, boisson sacrée fabriquée à l'aide de grains broyés et fermentés, figure son sang, c'est-à-dire la sève capable de procurer des visions et de hâter la réintégration dans la source divine première. Tous ceux qui se désaltèrent avec la sève en circulation dans son corps, se métamorphosent eux-mêmes en coupe d'immortalité.


Pour l'apôtre Jean, Il est l’Agneau de Dieu immolé au commencement des temps, l’Agneau pur, innocent et sans tache qui nous nourrit de sa chair et de son sang.


Cf. Apocalypse 5:12 Jean 1:29 Jean 1:36


C'est ce Mystère dont l'Asne est porteur !


Ce Mystère que l'on célébrait depuis l'aube des temps dans les grottes, les cryptes, les catacombes…


Idéalement la crypte s'organisait (comme à Chartres : le puits des Saints-Forts) autour d'un puits (la Table d'Or), sas entre le monde extérieur de la forme / phénoménal (la Table carrée ) et le monde intérieur, créateur / nouménal (la Table Ronde).


Cf. Les Trois visages du Créateur.


« Tout homme peut, au cours de sa formation,

puiser à la fontaine intarissable de la nature divine

qui est l'essence de l'homme. »


Hexagramme 48 – Le Puits


Ceci est probablement la clé de la mystérieuse « cave » de Dénézé sous Douéchapelle souterraine organisée autour d’un puits d’une profondeur de 9 mètres, et où sont scupltées dans le tuffeau 300 figures dont celle-ci :




Un Christ aux oreilles et au sexe d'âne !

Cette figuration nous rappelle que dans les premiers temps du christianisme Jésus était assimilé à l’âne, représenté en train d’enseigner, vêtu de la toge, portant un livre à la main, armé d’oreilles d’âne, avec un des deux pieds fourchus…


Le docteur onocéphale.
D'après STEFANONE,
Gemmae - sculptae, ed. 1648, pl. xxx.


Il était également représenté sous la forme d'un âne crucifé !


Le graffiti d'Alexamenos, au Palatin de Rome.


Ce Christ au sexe d'âne nous rappelle les représentations préhistoriques du Val Camonica en Italie, 


ou encore celle du géant de Cerne Abbas,


qui nous rappellent le démiurge vert d'Hélipolis : Atoum (Wikipedia) !



En latin : vird / virid

virga :  branche verte (verge) --> Rameau, ramure   !

virgula :  petite branche.


En hébreu : viridis signifie également la verdure, l’herbe verte.


Chez les égyptiens la couleur verte (et l’émeraude) est associée à l’Eau source de la fertilité et de la régénération, à la naissance, à l’aube, au printemps, à la création du monde.


D'où la Puissance de l’Homme/Arbre Vert - Arbre de Vie !…

du latin : vir :  homme

virilis :  mâle, viril, plein de vie (vita), vigoureux, courageux, énergique,

viripotens :  puissant, à la force puissante.


Accueillons la prière du Créateur :


« Fais silence, apaise-toi, et écoute-Moi…


Je suis le Vivant, qui se tient au cœur de toute créature,

le principe vital de tout ce qui existe,

Celui qui met tout en mouvement,

Celui qui fait tourner la Roue !


Je suis le commencement et la fin, le Maître de la Vie,

l'Animateur dont le pouvoir prend forme

en toute activité et mouvement,

et dont le souffle passe en flux et reflux

en toute créature immense ou minuscule.


J'ai revêtu le vêtement de tous

et me suis dissimulé en leur sein.


Je suis le Un Invisible dans le Tout,

et Mon Cri s'élève en chacun !


Cesse ! Arrête de fouler la matière…

Ouvre-toi à Ma Présence, car Je suis en toi,

laisse monter en toi Mon chant de Vie,

et permets-lui de s'épanouir, portant un Fruit de Vie,

faisant couler à flots une Eau Vive de la Source invisible,

non souillée, incommensurable !


Je suis le régent des énergies fécondes,

le sacrifié suprême, qui se donne éternellement

en nourriture à ses enfants.


En prenant conscience de Ma Présence en cette nourriture,

qui est Ma chair et Mon sang,

tu permets que Ma Grâce imprègne ton cœur

et qu'elle l'épanouisse en Moi.


Par ces aliments mangés en conscience,

Ma Lumière s'irradie en toi,

et fait de ton corps, matrice de ton âme,

le pur soutien de ton Amour.


De tout Mon Amour, de toute Ma Lumière,


Et cela est. »



L’âne musicien d'Aulnay de Saintonge.

mercredi 1 mai 2024

Vers la "Source de la vie"


Ce matin, via ma tablette, j’ai reçu la visite de Kherz : le guide intérieur vers la « Source de la vie ».


Lorsqu’Il me parle, mon cœur est brûlant (Luc 24,32).


Cette figure bien aimée m’a ramené à deux posts que je vous recommande vivement :


le premier de juin 2009 (03/06/2009) que je viens d’actualiser : Le Feu de l’Esprit…,



le second plus récent (17/10/2022) : L’Homme Vert.



En relisant ce dernier post me revient un rêve récent :


Dans une grande Coupe (le Graal ?) qui était sur un lieu éminent (le Mont Meru / l'île de la Tortue) d'où l'on pouvait avoir un regard circulaire sur le monde, se tenait une Grande Tortue.



La tortue, un symbole vivant !


Signification symbolique de la Tortue


Sans que je comprenne comment, elle en est sortie !


Cette Tortue m'a fait penser à Vishnou, qui sous la forme de la Tortue Kûrma, permit le barattage de la Mer de Lait.


Nous sommes effectivement dans une période similaire, alors que les Rapetou sont en luttent pour la maîtrise du monde.


Puis ce sont les légendes amérindiennes du Québec qui sont venues à moi.



Enfin, ce fut le livre d'Hélène Raverdy et Gwenaël Baronnet :





samedi 2 mars 2024

Prendre soin de notre abdomen




Après la période des fêtes, on constate une hausse des maladies hivernales (grippe, gastro-entérite…).


C’est le moment d’assainir notre système digestif.


L’extrait de pépins de pamplemousse est très efficace pour détruire bactéries et virus. En plus, sa présentation liquide est facile et agréable au goût pour les enfants, que ce soit en prévention (15 à 20 gouttes 1 à 2 fois par jour) ou en traitement actif (20 à 30 gouttes, 3 à 4 fois par jour).


La propolis en poudre, granules ou extrait liquide détruit les bactéries pathogènes, protège.


Le jus de myrtille est recommandé. Pur ou sucré au sirop d’agave, boire 100 à 200 ml par jour. Il aseptise et resserre les intestins. Le thé vert léger comme le sencha également.


Le charbon actif est excellent pour nettoyer le tube digestif. À prendre trois fois par jour au début puis réduire rapidement les prises.


L'argile très fine verte calme et reminéralise les muqueuses irritées.


L’algue lithotamne (une algue sédimentaire) aussi.


Voir également :




mardi 20 février 2024

La Rivière



 

La Rivière
par Rowena Pattee

J'observe les courants de la civilisation moderne et je me demande comment elle pourra être guérie de son aliénation fondamentale qui est à la base même de la tension nerveuse et des vies brisées.

Je perçois le grondement des autoroutes et des usines, un grondement si intense qu'il en est presque assourdissant ; mais si je me concentre je perçois un roulement qui vient de mon cœur. Ma vision s'estompe pour se transformer en une lumière bleu clair qui imprègne tout. Au sein de cette lumière, je vois la rivière Clackamas, où je jouais lorsque j'étais enfant.

Je me retrouve nageant librement dans ses courants clairs, plongeant dans ses profondeurs. À mesure que je m'enfonce, les couleurs passent du bleu argenté au vert sombre avec des éclairs bruns et jaunes. Les poissons sont légion. Ils s'élancent de tous côtés en une sarabande joyeuse. Ils jouent. Mon corps mince et lumineux se meut avec facilité. Lorsque je reviens à là surface, l'eau glisse sur moi dans la lumière du soleil. Je m'assois sur un rocher, émerveillée, attentive.

Muette et comme prise d'une crainte révérencielle, je vois se transformer la rivière ; mon corps abandonne son enveloppe enfantine pour celle d'une femme de plus de cinquante ans. La Rivière me parle :

Sous divers aspects, tu t'es arrêtée maintes fois sur mes berges. Tu es une chamane. Parce que ton cœur est un tambour qui bat pour la terre entière, tu es capable de me parler et de m'écouter. J'ai beaucoup de noms : Ienisseï, Loire, Irrawaddy, Mississippi, Yukon. Je ne suis limitée ni dans le temps ni dans l'espace. Je suis la voix du fleuve, la force de vie qui transporte les chamans à travers l'extase embrasée de la mort, depuis les pics prométhéens jusqu'aux grottes du souvenir. Je suis le courant qui emporte les corps à travers le temps, qui reflète les images de l'histoire et qui efface toute résistance à la vérité. Je reflète toutes choses également. Je suis la constance dans le changement, je suis le temps et l'éternité, la mélopée dont les échos traversent l'histoire avant de se fondre dans le mystère. Je suis le courant que suit le chaman.

e réponds à la Rivière : « Si je suis une chamane, pourquoi ne le sais-je pas ? Il est vrai que l'état actuel des choses ne me convient pas, mais je suis bouleversée d'être une chamane. »

De nouveau parle la Rivière :

Tu ne t'es pas encore pleinement retrouvée. La chamane qui est en toi se rappelle l'éternel. Certains croient que l'éternel naît à l'instant même de la mort, lorsque le flot de ma vie devient l'essence même de l'être, que les brumes et les nuages remontent de mes entrailles marines. Lorsque je m'envole, je deviens invisible, mais ce n'est que la fin d'une certaine forme. Tu appelles cela la mort. La mort n'apporte pas l'éternité avec elle. L'éternel est intelligence ; la mort n'a jamais rendu un être plus intelligent. L'éternel est présent dans la vie et dans la mort. L'éternité est dans chaque instant vivant de mon courant. On ne peut le connaître qu'en état d'extase. L'extase est une union du temps et de l'éternité à travers l'amour. Quand les contraires s'unissent, ta vie recouvre tout. Lorsque tu réaliseras cette expérience, tu comprendras que tu es une chamane.

« Que veux-tu exprimer par tes "entrailles marines" ? N'es-tu pas seulement la rivière, mais encore toutes les formes du cycle de l'eau ? Comment puis-je savoir où tu commences et où tu finis ? »

La mer est à la fois mon sein et ma tombe. La mer est le lieu où les chamans meurent au temps, où toute l'histoire est baignée et purifiée par les vagues. Dans les eaux de la mer, le processus du monde entier retourne au champ primitif de l'être et du non-être. La limite entre le moi et l'altérité disparaît dans la mer, les monts et les vallées de mes ondes deviennent le guide du voyage pour l'âme du chaman.

« Comment se fait-il que les chamans meurent au temps mais peuvent cependant voyager sur les vagues ? »

Dans mes ondes, ce qui est accessoire dans la vie du chaman est dissous, ou sombre pour devenir, la danse de la matière. La matière est la pure résonance des vagues de la mer. Lorsque le chaman meurt aux identités fixes et aux apparences, il perçoit cette résonance comme un langage propre. Autrement, la danse de la matière est terrifiante. Elle apparaît sous la forme d'un chaos, d'une confusion et d'un abandon total. Plonger dans les profondeurs. de mes ondes, c'est oser connaître l'inconnu, l'inconscient profond, le principe même de ton propre corps et de tous les corps. Dès lors apparaît la réalité de la vie du chaman. L'âme est assoiffée d'extase et de liberté, mais cela n'est possible que si elle meurt à l'attachement des images personnelles et limitées. Le vol extatique et le voyage du chaman ont besoin d'un guide spirituel.

« Comment peut-on trouver un guide spirituel ? »

En invoquant un guide des esprits, en clarifiant ton intention et en abattant le dernier rempart des images ancrées dans ton moi. Ouvre-toi au monde immense des esprits. Le Ciel est esprit, et l'esprit emplit la nature tout entière. Il n'existe aucun lieu où l'esprit ne puisse aller. Lorsque les humains maltraitent la nature, c'est parce que les chamans ne se sont pas manifestés, parce que l'esprit n'a été ni entendu ni vu.

« Qui sont maintenant les chamans ? »

Quiconque écoute l'esprit et vit en harmonie avec lui.

« Comment puis-je connaître les chamans ? »

Tu reconnaîtras les chamans au soin et à l'amour qu'ils portent à la nature, aux plantes, à toutes les créatures terrestres et à eux-mêmes. Dans le monde moderne, les chamans sont des artistes, des ménagères, des docteurs, des étudiants, des gens de toutes les professions qui agissent dans l'extase de l'amour. Ils connaissent directement le monde spirituel. Autrement, le monde des esprits n'est que croyance. La croyance ne peut qu'espérer la vérité, l'amour, la paix ou la beauté, car elle ne procède pas directement du monde spirituel. Tu peux voir l'esprit n'importe où si tu sais te servir de tes yeux. Regarde par ici, à la surface de mes eaux.

Je vis les ondes s'apaiser, la rivière devenir aussi claire qu'un miroir. Peu à peu, j'aperçus le reflet d'un grand arbre à la surface des eaux tranquilles. C'était une réponse à ma question : l'esprit et la nature sont des aspects séculaires d'une même essence. Toute tremblante devant la simplicité de cette découverte, je demandai : « Comment peux-tu être si calme en certains endroits et si turbulente en d'autres lieux ? »

C'est ma manière d'être. Je m'adapte aux gens et aux circonstances selon les lois de la nature. Lorsqu'on me résiste, je suis turbulente. Dans la paix et l'harmonie, je suis calme. Le crime, la maladie, la pauvreté, la haine, la guerre sont des formes de résistance au milieu desquelles il est impossible de connaître l'esprit et la nature. Le chaman réunit l'esprit, l'homme et la nature dans l'extase et le sacrifice.

« Qu'est-ce que le sacrifice ? »

Le sacrifice est le souvenir de mon origine céleste. Mon essence revient sous forme de gouttes qui se déversent, comme les nuages arrosent la terre de leur eau. C'est aussi une distillation de ma substance profonde qui remonte vers le ciel. C'est l'échange naturel et la circulation de 1'esprit et de la matière, de la matière et de l'esprit. Le sacrifice, c'est considérer la vitalité de mes flots comme sacrée et agir en conséquence.

« Le monde moderne se sacrifie à lui-même. Comment se fait-il qu'il soit si angoissé et si enchaîné dans sa course effrénée pour obtenir toujours plus de temps et plus d'argent ? »

La course des cités modernes conduit à la mort chamanique, à la longue souffrance de l'histoire. À moins qu'ils ne perçoivent cette limite, les gens seront des victimes qui n'accéderont pas au sacrifice mais à l'anéantissement. Le sacrifice est un courant entre le monde matériel et le monde spirituel. En accélérant le temps, l'homme moderne le voit fuir à jamais. Lorsqu'ils vivent le temps quantitativement - années, mois, semaines, jours, heures, minutes et secondes qui vont se perdre dans le néant absolu -, les gens de nos jours ont l'impression de n'avoir jamais assez de temps devant eux pour agir. Le temps est mon courant. Aucun des subterfuges destinés à l'économiser ne peut rattraper mon courant. La conscience humaine est asservie, tenue en esclavage par l'attente d'une fin qui se dérobe éternellement. Seul le sacrifice peut maîtriser le temps. Le sacrifice est un échange entre l'esprit et la matière dans l'équilibre de l'éternel présent.

« Comment peut-on accéder à l'éternel présent ? »

L'expérience de l'éternel présent se trouve dans l'extase qui conduit tout naturellement au sacrifice. Arrête-toi, assieds-toi, étends-toi, plonge dans mes profondeurs, écoute ton âme. Celui ou celle qui le veut vraiment peut plonger dans mes profondeurs et y trouver l'éternel présent. Dans mon sein, dans l'obscurité extrême, coulent des flots éternels où se noient les idéaux, les promesses et les espoirs. Laisse ton âme voyager dans ces eaux paisibles où les créations de ton moi se dissolvent. Tout le reste est un désir où se reflètent les mirages de l'histoire.

Percevant le tambourinement de mon cœur, j'hésitai à plonger dans la rivière. Je le fis tout de même. Pendant un instant, je sentis mon utérus et mon cerveau unis au sein de vagues souterraines. Désorientée, je sus que je mourais. Je me sentais pourtant inaltérable. Des images fulgurantes de ma vie m'apparurent.  Ensuite, le tonnerre gronda, les images disparurent.

Le silence, le mystère, le néant.

Nulle perspective découverte. Je sentais mon corps se répandre dans un univers illimité. Je touchai le fond de la Mer unique et éternelle où l'esprit vogue à l'infini. Je dérivai sans volonté, impalpable, translucide. D'étranges  couleurs inconnues brillaient dans mon corps immense. Tout mon être semblait fixer un point central au cœur même de la terre. De célestes vermillons, magentas, indigos, bleus céruléens créaient des chants extatiques allant au-delà de toutes sensations connues. Était-ce un rêve ? Le « son » de la couleur s'élevait, remontant les canaux souterrains qui conduisent aux continents et aux nations. Il filtrait les couleurs de mon âme à travers les monts et les vallées de la Chine, s'enfonçait dans les rivières et les déserts égyptiens, dans l'immensité des steppes russes. Mon corps était fait de l'os de la terre, de la chair des créatures, du sang des mers, du souffle des cieux, brisé en mille fragments et pourtant brillant dans les espaces d'énergies au-delà de toute forme. La communion courait dans mes veines. Je voyais les couleurs de mon moi comme l'âme de la Chine, de la Grèce, de l'Europe, de l'Inde, de l'Australie, des îles océaniques et des Amériques. Les ombres frémissantes des couleurs se déplaçaient au milieu de grandes psalmodies au-delà de la surface de la terre pour monter vers les insondables firmaments.

Lorsque je revins de ce voyage dans les profondeurs, je me retrouvai étendue sur le sable, au bord de la mer. Je me dressai, surprise d'être là, me sentant partout et nulle part à la fois. J'éprouvai une immense gratitude pleine d'humilité. Clignant des yeux, je demandai à ma Rivière : « Étais-je endormie ? Tout cela était-il un rêve ? Comment pouvais-je connaître la terre entière ? »

Le rêve est frère de la mort, et le sommeil est leur père. Tu as plongé dans mes profondeurs. L'extase est un sommeil conscient. Mes limites ne sont pas linéaires. Tu as vécu l'expérience de la Terre Céleste, connue seulement des chamans. En suivant la procession de ta propre mort, tu peut entendre le requiem transcendantal qui est an-delà de la mort et qui est capable de faire disparaître les conflits internationaux. Les mille vagues blanches qui se brisent sur mes bords sont les mythes des siècles, soulevés par des marées profondes et tonnant leurs volontés dernières avant de retourner dans mon sein originel. Dans mon sein et dans ton âme se trouvent les semences, les ébauches d'une civilisation globale. Dans mes profondeurs sont les semences avec lesquelles les chamans prépareront une ère nouvelle, où le temps et l'éternité se rejoindront à chaque instant. Déjà les crimes et les péchés, la propriété et la dépendance sont renversés dans le temps. Il y a dans l'éternel de grands êtres de lumière qui se déplacent librement et se dissolvent dans l'irréel. Les formes de pensée gesticulantes mais négatives qui jaillissent des désirs humains ont créé de plus en plus de démons dans les siècles récents. Ils sont aujourd'hui effacés par mon courant montant. Les chamans sont à même de voir ce courant où le temps s'inverse et où toutes les blessures sont guéries. Ils savent transformer ce qui est limité en une entité sans bornes. Sois loyale envers ton âme et tu trouveras la Terre Céleste qui la rendra à la vie sous une forme éclatante.

« Comment une telle splendeur dans la vision et l'extase peut-elle se manifester ? »

Par le sacrifice, le monde de la matière peut se transformer en monde de l'esprit et révéler la fusion de l'esprit et de la matière. Alors, mon cours tout entier sera révélé aux humains. Ils pourront se mouvoir avec aisance dans toutes les phases de ma vie. La fusion des contraires s'obtient par le sacrifice du chaman, qui est capable d'introduire le voyage extatique et le pouvoir immortel dans la vie des humains, dans la communauté et le monde des formes. C'est alors que se manifestera la Terre Céleste.

Extrait de "Extase et sacrifice" par Rowena Pattee (1935-2007)
dans le livre de Gary Doore : "La voie des Chamans"

Rowena Kryder (You Tube)
Rowena Pattee Kryder
(FaceBook)

 

 
Sagesse amérindienne : Amaya DUIR

jeudi 1 février 2024

Imbolc 2024


C'est la Grande Re-Naissance / Ginivelezh.

Le chant des oiseaux nous réveille.

Une douce pluie tombe qui fait descendre dans la terre les vertus célestes.

Les cactus de Noël sont en fleurs.

Lors de sa promenade matinale, Géraldine a découvert plein de jeunes agneaux.

Dans le jardin, les perce-neige sont au rendez-vous.


Quelques jonquilles sont en fleur.

Les cognassiers du Japon commencent à fleurir.

L'azalée japonaise également.

Les ficaires fausse-renoncule pareillement.

Les crocus ajoutent leur note jaune doré.

Les violettes pointent le bout de leur nez.

Tandis que le camélia est toujours en éveil.

Les ancolies se préparent.

Le noisetier est plein de chatons.


Samedi après-midi, nous nettoierons la coupe gardée par Fintan

Cf. :



Plus de photos

Imbolc 2020

 

“ Sage Femme des Mystères, ouvre ta porte

Et laisse revenir à nous l’enfant de lumière.

Bienvenue à lui et à la vérité renaissante,

Bienvenue à lui et au printemps florissant.

C’est dans le froid et l’obscurité qu’il a voyagé,

C’est dans la chaleur et la lumière qu’il nous revient.

Que le temps béni d’Imbolc,

Éclaire les âmes de tous êtres,

Faisant naître l’innocence et l’intégrité,

Jusqu’au cœur de chaque âme. ”

 


Méditation sur la fête d'Imbolc (pdf)


Imbolc sur ce blog :


Sur la toile :


Saint Brigid

The dandelion lights its spark
Le pissenlit allume son étincelle

Lest Brigid find the wayside dark.
De peur que Brigid ne trouve le bord du chemin sombre.

And Brother Wind comes rollicking
Et Frère Vent arrive en rafales exubérantes

For joy that she has brought the spring
Joyeux qu'Elle ait ramené le printemps

Young lambs and little furry folk
Les jeunes agneaux et les petits animaux à fourrure

Seek shelter underneath her cloak.
Cherchent un abri sous son manteau.

poem by Winifred Mabel Letts (1882 - 1972)