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mardi 28 août 2012

De l'Humus à la Parole…

S’abaisser jusqu’à l’humus où se mêlent
Larmes et rosées, sang versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés
Retrouvent  la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
Rien ne soit perdu.

S’abaisser jusqu’à l’humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu
De transmutation où frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
Pourri et nourri, ne font qu’un terme et germe.
Lieu du choix : la voie de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
toute fin puisse être naissance.

S’abaisser jusqu’à l’humus, consentir
A être humus même. Unir la souffrance portée
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d’oiseau, les os givrés
Au vacarme des perce-neige !


Extrait du livre
Vraie Lumière née de vraie Nuit
24 poèmes de François Cheng,
accompagnés de 8 lithographies de Kim En Joong.
aux Éditions du Cerf


Kim En Joong : Fils de calligraphe, né à Booyo en Corée du Sud, le Père Kim En Joong est dominicain. Il a fait des études à l'école des Beaux Arts de Séoul. Découvrant le catholicisme en 1965, il est baptisé en 1967, s'installe en Europe en 1969 et est ordonné prêtre en 1974. Ses toiles non figuratives, nourries de notions techniques neuves sur l'espace et la perspective, imposent un dépaysement, point de départ d'une quête du mystère divin.

Poète, traducteur, romancier, François Cheng (né en 1929, Chine) est issu d'une famille de lettrés et d'universitaires. Il reçoit le prix André Malraux pour Shitao, la saveur du monde, le prix Roger Caillois pour ses essais et son recueil de poèmes Double chant, le prix Femina pour son roman Le Dit de Tianyi et le Grand prix de la Francophonie pour l'ensemble de son œuvre. Docteur honoris causa de l’université de Bergame (Italie) et de l’Institut catholique de Paris (2007). Il a été élu à l'Académie française, le 13 juin 2002, au fauteuil de Jacques de Bourbon Busset (34e fauteuil).


La Parole naît souvent au terme d'un lent compostage !

Les alchimistes parlent de l'œuvre au noir (Cf. 17 - Le Champ de l'Étoile).

Les psychanalystes de l'élaboration psychique

Tout comme l'obscurité précède la lumière, le silence précède la Parole.

Au commencement était le Silence.
Du sein du Silence est né le Son.
Le Son est l'Amour.
Le Son est le Fils du Seigneur.
Le Seigneur est le Silence.
Au sein du Silence reposait le Son.

Dialogues avec l'Ange

Je suis fils de Poésie,
Poésie, fille de Réflexion,
Réflexion, fille de Méditation,
Méditation, fille de Science,
Science, fille d'enquête,
Enquête, fille de Recherche,
Recherche, fille de Grande Science,
Grande Science, fille de Grande Intelligence,
Grande Intelligence, fille de Compréhension,
Compréhension, fille de Sagesse,
Sagesse, fille des Trois dieux de Dana.




Extrait du livre de Bernard LEBLANC-HALMOS :

Ce que les mots veulent dire
Les secrets du Jardin Étymologique
Editions L'Être Image




dimanche 6 décembre 2009

La Vie et la Mort


- La Mort (M) Accent du Nord – La Vie (V) Accent du Sud

Un jour que la Vie et la Mort se croisaient par hasard…

M - Ah ! Tins ! Quoisque t’ fais là ?
De t’ vir traîner dins l’ coin, cha ch’ ést bin preumière fos !

V - Eh ! La Mort !… Pas possible ! Ah, ça c’est une chaince !
Mais, tu n’as pas chaingé ma foi ! Quelle élégaince !

M - Ah ! cha, cha fait plaisir ! Pour ène fos qu’in m’ veyant,
Puteôt que d’m’insulter on m’adresse in sourire…

V - Mais pourquoi tu dis ça, la Mort ? Tu es superbe !
Allez, viens bavarder. Asseyons-nous dains l’herbe.

M - Bin, si mi j’ sus superbe, quoisque j’ diros pour ti…
T’ és toudi lumineux, surtout quansque t’ souris.
Bé millard que t’ és bieau, si j’ saros dessiner…

V - Tu me flattes, la Mort … je suis intimidé.
Mais, je te vois songeuse, et la mine un peu triste…
Veux-tu me raconter les peines d’une artiste ?

M - Ch’ ést exactemint cha : em’ n’ art, i - ést méprisé.
I n’ d’ a même pos in seul pour in vir la bieauté !

V - Oh, là tu exagères ! Et moi, té, tu m’oublies ?

M - Mais ti ch’ n’ ést pos parèl… Tizote t’ és t’ in ami…
Te sais bin d’ quoi, la Vie ? J’sus fatiguée.
J’ voudros rester à m’ lit… J’ voudros rester couchée.
Si te saros ç’ que j’ vis, comme on m’ crache au visache
I n’a pos in humain pour comprinte em’ messache.
El’ nature, cha va bin, elle, elle fait pos d’histoire,
Mais lés gins te sais bin : « Tin, là, ch’ ést l’ feimme in noir ! »

V - Mais qu’est-ce tu racontes ? c’est pasqu’y savent pas
Quand ils te connaîtront ils feront comme moi…

M - Alors là, te délires ! Quoisque t’ crois comarate ?
Qu’ lés ceusses qui m’ veottent v’ nir vont m’ faire ène accolate ?

V - La Mort arrête, arrête, tu me fais mal.
Y a bien des geins qui t’aiment, t’ honorent, c’est normal !

M - Allez, n’ fais pos semblant. Te sais bin ç’ que j’ veux dire.
Bin seûr qu’ i n’ da quéqu’ z’ ins qui m’ adresstent in sourire.
Mais pou l’ majorité, la mort, c’est négatif.
Et mi, j’ vas printe congé pour état dépressif.

V - Y a quand même les sombres, les fous, les suicidés…

M - Bin j’ sus cras avec cha : cadeau impoisonné !


V - Pardon la Mort, pardon, c’est vrai, j’ai un peu honte.
Ecoute, je savais pas, je me reindais pas compte.
Pour ma pare, tu sais, c’est vraimeint différeint :
Les geins, y m’applaudissent, y m’eimbrassent souveint…
Mais moi je suis ta course comme on suit la lumière
Tu fais partie de moi, on est complémeintaires
Toi, tu es si profonde qu’on brûle de savoir
Vers où tu nous eimmène, dains la nuit, et le noir…
Si on se preind les maings, tu vois, on fait la ronde.
C’est un einchaintemeint, une dainse féconde.
Et dainser avec toi une valse d’amour
C’est ce que je veux faire jusqu’au bout de mes jours.
Voui, je t’aime la Mort.
Je vais même te dire si tu doutes eincore
Que partout je devine les ombres de ton corps.
Je te suis à la trace, partout je te respire.
Et te savoir à l’œuvre, ça me fait plaisir.

M - I n’ ést nin vrai tout n’même… Quoiqu’ ch’ ést que t’ dis la Vie ?
Te n’ m’ avos jamais dit equ’ t’ in pincheos pour mi !

V - Allez, vé, ne te moques pas, je suis sérieux.
Et je te dis ein face les yeux dains les yeux
Que si tu voulais bieng, enfing, je voudrais dire
Que si tu voulais bieng, plutôt que de t’einfuire
On pourrait simplemeint s’arrêter, et s’unir…
On ferait tout à deux ein harmonie totale
Tu te cacherais plus, tu me serais fatale la Mort
Fatale et merveilleuse, et plus eincore.
Je voudrais t’épouser à la vie à la mort !

Et de ce jour crucial où ils se sont croisés
Où devant tant d’amour la Mort fut ravivée
Elle reprit son œuvre avec beaucoup d’aisance
Tâchant de rendre paix, amour, et espérance
Elle ouvre le passage et prépare ses âmes
Il souffle dans son cou, murmurant un sésame

Catherine Raverdy - Saman 2009

mercredi 2 décembre 2009

Rouvres en Flandre


Immenses forêts de chez nous au temps jadis
Les chênes, ces énormes chênes étalant leur force,
Hercynien panorama de ces rouvres fatidiques
Sous la formidable houle des vents de mer.

Clameur oraculaire des arbres sacrés
Et la voix d'au-delà qui s'exprime en ces branches
Les druides aux longues tuniques blanches
Invoquant les dryades et le culte de pureté.

Vent qui hurle sa volonté pleine et dure
Au long du rein innombrable des forêts.
La tourmente abattait sa folie hérissante.
Les chênes lourds chantaient la celte incantation.

Emmanuel LOOTEN
Ouvrage: Clairenef

Casimages, le Forum > Le Nord Pas de Calais

Moulin

Poudres, ces multicolores de brumes et frimas.
La terre a blotti le ciel et blute un horizon gris.
La grainerie des fantasmes
Enrichit un seul moulin où tu appelles à voix haute.

Seul viens-tu pour contrebattre
Tes rencontres vénéneuses…
Ce dur château de basalte
Où les portes seront mortes.

Oui, tu bats, assassiné,
Moulins de vies, de prières…
A tes meules rondes, roses,
La vie broyée recommence…

Emmanuel LOOTEN
Ouvrage : Flandre, 1960.

Pour Brigitte.

dimanche 29 novembre 2009

LE CHEMIN CREUX


A Loeiz Herrieu (Ar Barz-Labourer)

Au seuil de ce chemin cette voix qui s'élève
C'est la voix du chemin désert, du chemin creux
Où tu venais jadis, enfant chéri du Rêve,
Savourer ta tristesse et tes regrets des cieux.

Je suis le vieux chemin qui va, vient, descend, monte,
Et, flânant, paresseux, n'arrive nulle part,
Qui, n'ayant aucun but n'éprouve nul mécompte
En se trouvant enfin presque au point de départ.

Je suis le chemin creux que nul cordeau n'aligne
Et nul, si ce n'est Dieu, ne connaît mon destin;
Large, je m'abandonne, étroit, je me résigne,
Ici vêtu de bure et là-bas de satin.

Tantôt je suis bordé de hauts talus de terre
Plantés de chênes nains et de saules trapus;
Sous une voûte obscure alors je me resserre
Et l'eau vive jaillit en source des talus.

Vêtu de noir, le merle d'eau siffle en un chêne
Au-dessus du ruisseau qui fuit en sanglotant :
C'est l'étrange concert où l'un chante sa peine,
Et l'autre son bonheur de vivre insouciant.

Et tantôt je gravis les hauteurs qui dominent
Un horizon de mer, de landiers et de champs
Où mes talus poudreux s'effondrent en ruines
Sous l'ardeur d'un soleil aux rayons desséchants.

Mais alors je me baigne en la brise marine
Qui donne sa saveur à mon maigre gazon
Et m'enivre au parfum d'une herbe qui s'obstine
A répandre en tous temps sa fine exhalaison.

N'aimais-tu pas venir dans ces mois où nous sommes,
Enfant qui dédaignais les amis et les jeux,
Rêver dans ce chemin presque ignoré des hommes
Pour son parfum et son aspect religieux?

Aux amis de la paix et de la solitude
Je réserve toujours mon ombre et ma chaleur;
Dans ma paix éternelle et ma sollicitude
J'ai des philtres d'oubli pour charmer la douleur.

De paisibles troupeaux, mes hôtes ordinaires,
Vivent ici des jours sans crainte et sans soucis,
Ignorant les effrois de tant d'hommes qui n'errent
Que pour rentrer le soir plus sombres au logis.

Comme je me souviens de l'époque lointaine…
— Hélas! déjà!... Le temps comme un songe s'enfuit —
Où tu venais ici rêver, jeune âme en peine,
Enfant que le Silence a de tout temps séduit.

Ignorant des penseurs et des philosophies,
A la Cause montant par les créations,
Tu découvrais le Dieu qu'encor tu glorifies,
Malgré les trahisons et les négations.

Curieux, bâtissant tes ingénus systèmes,
Ton esprit inventif se donnait libre cours
Le Rêve et l'Action, usant leurs stratagèmes,
Déjà te disputaient... comme ils l'ont fait toujours.

Car je vois, aujourd'hui que tu reviens encore,
Par les traits amaigris, par les yeux douloureux,
Que ton âme en exil, de désir se dévore,
Que le sort t'a meurtri de ses doigts vigoureux.

Mais puisque te voici, qu'aux lieux de ta jeunesse
Tu reviens affranchi du joug, enfin brisé,
De toi-même nourri, que ta force renaisse,
Que tes bras retrempés tendent l'arc irisé,

Et que ton âme y soit la flèche qui s'élance
Ainsi qu'un astre errant dans le ciel étoilé,
A travers les soleils qui brûlent en silence,
Jusqu'au trône de Dieu dont l'homme est exilé.

/|\ Yves Berthou, (Kaledvoulc’h)
Le Pays qui parle, 1903

stephane perera / alizari (c)

D'autres photographies de Stéphane PERERA
issues de l'ouvrage : Le Perche, Trésors de Nature
sont à découvrir sur le site de :
la Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France

ainsi que sur Calaméo.

Reportages photographiques - Banque d'images
Prise de vues studio & extérieur (portraits, œuvres d'arts, objets)
Photogravure, maquette et conception graphique
(beaux livres, magazines, albums CD et DVD, événements culturels)
Retouche photo et ajustements chromiques

mercredi 25 novembre 2009

La Citadelle Obscure…

Tête de taureau tricorne
(dont il manque la corne centrale),
Martigny (Suisse).

LES DÉPOUILLES DE L'ABÎME

Gloire au Maître, Suprême Ordonnateur des Hautes Régions,
qui a étendu sa puissance jusqu'aux rives de ce monde.
 
Total fut l'emprisonnement de Gwair à Kaer Sidhi
par la vengeance de Pwyll et de Pryderi.
 
Personne avant lui n'avait pu pénétrer dans la Cité.
Une lourde chaîne bleue retient le courageux jeune homme
qui chante tristement parmi les dépouilles de l'abîme.
Jusqu'au jugement il sera le barde de la supplique.
Trois fois plein le navire Prytwen, nous y allâmes.
Sauf sept, personne ne revint de Kaer Sidhi.
 
Ne suis-je pas promis à la gloire si mon chant est entendu ?
À Kaer Pedryfan, la citadelle aux quatre enceintes,
ce fut la première parole exprimée du chaudron.
Il est doucement chauffé par l'haleine de neuf filles.
N'est-ce pas le chaudron du Maître de l'Abîme ?
À son sommet sont des cercles de perles.
 
Il ne bout pas la nourriture d'un lâche, ce n'est pas son rôle.
Une épée brillante, homicide, avait été tendue vers lui
et dans la main de Llyminawc elle fut laissée.
Devant la porte de l'enfer, une lampe brûle.
Quand nous allâmes avec Arthur en ses nobles entreprises,
sauf sept, personne ne revint de Kaer Fedwyd, la citadelle des hommes parfaits.
 
Ne suis-je pas promis à la gloire si mon chant est entendu ?
À Kaer Pedryfan, en l'Ile à la Puissante Porte,
où le crépuscule et le jet de nuit se confondent,
le breuvage était un vin brillant porté devant le cortège.
Trois fois plein le navire Prytwen nous allâmes sur la mer,
sauf sept, personne ne revint de Kaer Rigor, la citadelle des assemblées royales.
 
Je ne ferai pas l'éloge des maîtres de littérature,
car loin de Kaer Wydr ils n'ont pu voir les prouesses d'Arthur.
Trois fois vingt centaines d'hommes se tenaient sur les murs
et il était difficile d'approcher les sentinelles.
Trois fois plein le navire Prytwen, nous partîmes avec Arthur.
Sauf sept, personne ne revint de Kaer Kolud, la citadelle obscure.
 
Je ne ferai pas l'éloge des hommes sans courage.
Ils ne savent pas quel jour le chef arriva,
ni quelle heure d'un jour splendide naquit le maître,
ni quel est l'animal à tête d'argent qui se trouve là.
Quand nous partîmes avec Arthur pour le triste combat,
sauf sept, personne ne revint de Kaer Ochren, la citadelle sur la pente.
Je ne ferai pas l'éloge des hommes aux longs boucliers,
car ils ne savent pas quel jour ni pourquoi,
ni à quelle heure de ce jour splendide Kwy naquit,
ni qui l'empêcha d'atteindre les rives de la Dewy.
 
Ils ne connaissent pas le bœuf Brych à l'épais bandeau
qui a sept vingtaines de bosses à son cou.
Quand nous partîmes avec Arthur, ô triste souvenir,
sauf, sept, personne ne revint de Kaer Fandify, la citadelle des hauteurs.

Taliesin Les Grands Bardes Gallois 

Jean Markale Editions Jean Picollec

taureau tricorne © musée des Alpilles, cliché Fabrice Lepeltier, "L'Oeil et la mémoire"


LES DÉPOUILLES D’ANNOUN
 
À la mémoire du poète
Yves Berthou, (Kaledvoulc’h).
 
Gloire au seul souverain, suprême ordonnateur
Des cieux éblouissants et de la mer profonde ;
Gloire au Maître suprême, universel Seigneur,
Dont le règne s’étend jusqu’aux confins du monde !
Close était la prison où la présomption
De Gwair, fils de Gercin, l’avait précipité :
Au centre du Château des Révolutions
Gisait l’homme vaincu par la fatalité.
De par la volonté de Pwyll et Pryderi,
Nul vivant, avant lui, n’en put franchir l’enceinte…
Et, tandis qu’une lourde chaîne le meurtrit,
Il chante (et chantera), sombrement, sa complainte.
Pour les trésors d’Announ, - funèbrement -, il chante.
Et, jusqu’au dernier jour, continuera son lied,
À moins que l’un de nous, domptant son épouvante,
Ne pénètre à son tour dans Caer Wediwid.
Nous avons, par trois fois, tenté cette aventure :
Par trois fois, enfermés dans les flancs de Pridwen,
Nous partîmes joyeux, vers les terres obscures !…
Sauf sept, nul ne revint de Caer Pedriwen !
Faut-il plus que ce chant pour assurer ma gloire ?
Voici mon premier mot sur le Chaudron sacré ;
Voici mon premier mot : gardez dans vos mémoires
Ce que les Trois Rayons auront pu m’inspirer.
Avec son bord serti de perles, n’est-ce pas
Le mystique chaudron du Seigneur du Trépas ?
Neuf vierges, de leur souffle, échauffent un breuvage
Que ne saurait ravir un homme sans courage :
Llemynaoug, armé d’un glaive étincelant,
Surgira pour punir l’insolent fanfaron
Et, devant le portail du Château du Chaudron,
Le croissant argenté flambera, fulgurant !
Gwair, jusqu’au dernier jour, continuera son lied
Et, lorsque dans Pridwen nous suivîmes Arthur,
Quand notre nef cingla vers le pays obscur,
Sauf sept, nul ne revint de Caer Wediwid !
Faut-il plus que ce chant pour assurer ma gloire ?
Nous avons assailli l’Ile-à-la Forte-Enceinte,
Où crépuscule et nuit, dans leur sauvage étreinte,
Tourbillonnent sans fin, au-dessus des eaux noires.
Par trois fois, dans Pridwen, nous partîmes encor…
Sauf sept, nul n’échappa hors de Caer Rigor !
Je ne veux pas briguer l’hommage du vulgaire
En contant les exploits et la mort du héros :
Pourrait-il contempler, au seuil du Sombre Enclos,
Les prouesses d’Arthur, au glaive de lumière ?
 
Les guerriers se pressaient, muets, sur les courtines,
D’impassibles archers et de calmes veilleurs
Épiaient au sommet des tours adamantines…
Trois fois, avec Arthur, nous allâmes, sans peur…
Sauf sept, nul n’échappa hors de Caer Colur !
 
Je ne veux pas chanter les prouesses d’Arthur,
Afin de recevoir l’hommage du vulgaire…
La foule ne sait pas les raisons et les causes ;
La multitude vile, attachée à la terre,
Ignorera toujours le vrai pourquoi des choses !
Elle ignore le jour et l’heure où parut Cwy,
Et quel dieu l’empêcha d’accéder à Dewy.
 
Lorsqu’il nous enferma dans les flancs de Prydwen,
Sauf sept, nul ne put fuir hors de Caer Ochren !
 
Elle ignore le bœuf sacré du Roi des Nuits,
Porteur du bandeau d’or et du joug à sept nœuds…
Quand, pour le capturer, nous partîmes, joyeux,
Sauf sept, nul ne s’enfuit hors de Caer Wandwy !
Que cette multitude, au cœur lâche et volage,
Épargne à ma chanson son hommage affligeant ;
Elle ignore le jour et l’heure, et son courage
Tremble de rencontrer le monstre au chef d’argent !
De tous ceux que tenta le Cercle Inférieur,
 
Sauf sept, nul ne sortit du Château de la Peur !
 
 
extrait de :
“Le Bûcher du Phénix” 
de André Savoret Ed. Psyché 1933

samedi 24 octobre 2009

Du Signe au Cygne !

 
Un conte irlandais associé à Samain / Samhuinn.
   
Eala

Cygnes blancs des mondes sauvages
qui survolez tant de contrées,
avez-vous jamais vu l'île de Tir-na-n'Og
où la jeunesse est éternelle,
l'île de Tir-na-Moe
où la beauté n'a pas de fin
ou celle de Moy-Mell
embaumant du parfum des fleurs.

Extrait des « Enfants de Lir », d'Ella Young *

* dans : « Récits de la mythologie celtique » - Triades
Livre d'une poésie et d'une beauté à couper le souffle…
Les images qu'il fait naître dans notre esprit durent longtemps…

Cette carte tirée de L'Oracle des Druides de Philipe & Stéphanie CARR-GOMM représente une scène d'un conte irlandais, Le Rêve d'Oengus.

Dans Le Rêve d'Oengus, cent cinquante et une femmes se rassemblent près d'un lac tous les deux ans pour s'y changer en cygne le jour de Samhuinn. Elles portent toutes un collier d'argent, sauf Yewberry * (Caer, fille du roi Eathal) dont le collier est d'or. Oengus (fils adultérin de Boann et du Dagda) s'éprend d'elle et se transforme en cygne pour lui prouver son amour. Avant de s'envoler pour NewGrange, ils font trois fois le tour du lac, berçant tout le monde de leur chant céleste pendant trois jours et trois nuits.

* yew berries = baies d'If…

Voir également : The Dream of Oengus.


C'est la terre des vivants
C'est la terre de jeunesse
C'est la terre de tendresse
La terre au bois dormant !

Nous sommes des passants
Des hommes migrateurs
Sur les chemins du vent
Nous cherchons le bonheur… 

Nous sommes des migrants
Nous sommes voyageurs
Ici ou là allant
Boussole d'amour au cœur… 

Nous sommes des orants
Nous sommes des chercheurs
Du levant au couchant
De rêves sommes porteurs… 

Nous sommes des aimants
Nous sommes des passeurs
De la terre des vivants
Nous chantons la splendeur… 

vendredi 23 octobre 2009

Chant de la Samain


Voici la Samain, le temps salutaire
L'homme comme fougère humus redevient
Voici la Samain, la mort nécessaire
Pour que dessus terre renaisse le grain

Voici la Samain, la neuve lumière
La marche solaire, le sentier serein
Voici la Samain, la semence princière
Confiée à la terre, repose en le sein.

Voici la Samain, l'œuvre trinitaire
Le chant de la Mère du cœur souverain
Voici la Samain où s'élèvent de terre
Le chant du grand cerf et du vieux Merlin.

Voici la Samain des Pères de nos Pères
Le Graal de Lumière promis à nos frères
Voici la Samain, l'assemblée pleinière
Des cœurs qui espèrent dans le blanc festin.

Voici la Samain et la saison claire
Le miel que l'on sert, la bière et le vin
C'est le sang du un, le vivant mystère
C'est le sang solaire, le sang magicien.

Voici la Samain, la riche matière
Qui au rêve adhère, qu'en l'Esprit s'en vient
Voici la Samain, la route polaire,
La maison du Père, la maison du Un.

Bran Dû - Semences 1993 - En Brocéliande
Mis en musique par Myrdhin sur son album "A cordes et à cris" (Iguane, 1995).
La partition est éditée par Harpenciel, au sein du recueil : la Harpe de Merlin - 18 €.


  1. Keridwen - Myrdhin
  2. La Harpe de Merlin - Savoret/Myrdhin
  3. La Samain nouvelle - Brandu/Myrdhin
  4. Le voyage - Brandu/Myrdhin
  5. Eon, fils de l'étoile - Brandu/Myrdhin
  6. De ma vie - Angèle Vannier/Myrdhin
  7. Brocéliande, que veux-tu - Angèle Vannier/Myrdhin
  8. Distro Isold - Traditionnel/Arrgt. Myrdhin
  9. Marzin en e Gavell - Traditionnel/Myrdhin
  10. Riwanon - Angèle Vannier/Myrdhin
  11. Cantate pour la St Jean - Angèle Vannier/Myrdhin
  12. Testament de Merlin - Théophile Briant/Myrdhin
  13. Graal - Myrdhin
Ce CD est disponible auprès de :

HARPENCIEL
La Galerie
22490 PLOUER sur Rance
tel/fax : 02 96 86 84 94 / 06 09 41 66 84
http://www.harpenciel.com/

Le mot Semence vient du phonème indo-européen : Sem
(année, unité, semence, coupure, signe, nom, semblance, sentier), qui a donné :

  • en sanskrit : sámã (année, saison), samah, (même, similaire, identique),
  • en latin : semel (une fois), similis (semblable), semen, sementia, seminis (semence), sementis (semis, semailles), seminalis (relatif aux semailles), semita (sentier),
  • en allemand : samen (semences),
  • en anglais : same (même, semblable, similaire, identique), summer (été),
  • en grec : sêma (couper), sêmeion (signe), sêmantikos (marquer d'un signe), de sêmainein (signifier),
  • en hébreu : sem (en Hébreu moderne : שם, "Shem" ou "Sêm" ; Arabe : سام, "Sām" ; signifiant « Nom, renommée, prospérité »),
Et peut-être (qui sait !) : Samain, Samonios, Semnios, Semias

Mais à ce sujet consultons plutôt une spécialiste de la question :
Véronique GUIBERT DE LA VAISSIERE
dans son ouvrage remarquable
paru aux Éditions ARMELINE :
Les Quatre Fêtes d'Ouverture de Saison de l'Irlande Ancienne



Page 86 :

ÉTYMOLOGIE

La racine du mot, sam, signifie « réunion », mais il faut faire appel aux autres formes concurrentes à Sanmain, telles que Sainfuin, Samrad, pour comprendre pleinement le sens que les Irlandais donnaient à ce mot. Sur le calendrier gaulois trouvé à Coligny dans l'Ain, en 1897, on rencontre plusieurs fois les formes sam, samon, samoni. Il est probable que la forme gauloise fut samon(i)os. Parce que CetSamain (Beltene-1er mai) est le commencement de l'été, Samonios placé à l'autre extrémité de la période des six mois qui divise l'année, à la fois résume l'été et ouvre l'hiver, saison par laquelle commence l'année. Samonios par définition désigne donc la « fin de l'été ». C'est vraisemblablement la raison pour laquelle on rencontre dans les textes la forme synonyme de Samfiun (sam, « été » fuin, « fin ») qui veut dire la « fin de l'été » , « affaiblissement, mort de l'été ».

Sainfuin a engendré les termes Samuin ou Samhuin que l'on trouve aussi fréquemment dans les textes insulaires. On rencontre encore une autre forme celle de Samrad qui pour le glossateur irlandais se référerait à la course (rad) accomplie par le soleil (sam, « été »). Toutefois selon Françoise Le Roux, la définition est douteuse. Notons enfin que le gothique, Samana veut dire « ensemble » et que sam signifie non seulement « été », mais aussi « repos, plaisir ».

En résumé, l'examen linguistique révèle une cohérence certaine entre toutes ces notions qui renvoient à une définition globale de Samain, donnée par Françoise Le Roux Samain est une agréable réunion qui récapitule ou résume l'été. C'est le rassemblement qui conclut l'esprit de l'été.

p113 :
… nom irlandais du 1er novembre : Samhain (=sowin) E. EVANS, Irish Heritage, p.77.

Notons au passage que l'allemand zusammen signifie "ensemble".
(Du préfixe zu-, indiquant une direction vers qqc, et du sanskrit samah, même, similaire, identique.)

  • Hama, « ensemble », « en même temps », « à la fois »…
  • Le grec hama correspond au latin simul, au slavon samu, au sanskrit samah. De racine indo-europénne, ces termes expriment les idées de rassemblement, d'identité, de totalité. Ils évoquent le mouvement inclusif de l'étreinte, celui de l'amour. La langue des oiseaux en rapprocherait l'impératif Ama, « aime », qu'Augustin pose comme condition devant présider à tout ce que l'on fait (Ama, et fac quo vis). Le sanskrit samâdhi traduit la même idée d'achèvement, d'union absolue ; le samnyasin est l'homme du renoncement total.
  • Athos: la montagne transfigurée - Jean Biès - 4 juin 1997 - Les Deux Océans
  • Samain « rencontre » est le strict équivalent du gaulois samonion « rendez-vous, réunion, assemblée ».
  • Sâmanam « assemblée, réunion, fête ». Auetos Mapos Acaunos.
  • Voir également : Le calendrier des druides.
Autres ouvrages à consulter :

Le vocabulaire indo-européen : Lexique étymologique thématique
de Xavier Delamarre
Librairie d'Amérique et d'Orient - Jean Maisonneuve. Paris (1 avril 2000)

Origines de la formation des noms en indo-européen
de Emile Benveniste
Adrien Maisonneuve. 5ème tirage (1 janvier 1935)

Voir également :

  • En Irlandais Moderne le nom est Samhain [sˠaunʲ], en Gaélique Écossais, Samhuinn [saũ.iɲ], en Gaélique Mannois Sauin et en Vieil Irlandais Samain [saṽɨn ʲ]. Samhain et an t-Samhain sont aussi les noms respectivement Irlandais et Gaélique Écossais de Novembre. En Irlandais Moderne, le mot de Samhain est dérivé du Vieil Irlandais samain, samuin ou samfuin, qui se réfèrent tous au premier Novembre (latha na samna : "jour de samhain"), et au festival et l'assemblée royale tenue à cette date dans l'Irlande médiévale (oenaig na samna : "assemblée de samhain"). Sa signification est interprétée comme "fin de l'été", et l'orthographe fréquentes avec un f suggère par une analyse en étymologie populaire comme sam ("été") et fuin ("coucher du soleil", "fin"). Le Vieil Irlandais sam ("été") provient du langage Proto-Indo-Européen (PIE) semo-; sont proches le Gallois haf, le Breton hañv, l'Anglais summer et le Vieux Norrois sumar, qui signifient tous "été", et le Sanscrit sáma ("saison").

    En 1907, M. Whitley Stokes a suggéré une étymologie du Proto-Celtique samani ('assemblée'), apparentée au Sanscrit sámana, et au Gothique samana. J. Vendryes conclut que ces mots contenant semo- ('été') sont rien à voir avec samain, remarquant qu'en outre 'la fin de l'été' celtique était en Juillet (???), et non pas Novembre, comme en témoigne le gallois gorffennaf ("Juillet"). Nous serions donc face à un mot insulaire celtique pour "assemblée", samani ou samoni, et d'un mot pour "l'été", saminos (dérivé de samo-: 'été') aux côtés de samrad, samo-roto-. La samain irlandaise n'aurait étymologiquement rien à voir avec "l'été", et dériverait de "assemblée".
  • Note personnelle : chez les celtes comme chez les chinois les solstices et les équinoxes marquent le milieu de chaque saison (chacune étant associée à l'un des éléments), les fêtes royales étant quant à elles au cœur d'une cinquième saison associée à l'Ether, écume née des quatre éléments, interface avec les plans spirituels !
  • Beltaine marque ainsi le début de l'été, Lugnasad le début de l'automne, Samain le début de l'hiver et Imbolc le début du printemps, les prémices du renouveau.
  • Le temps sombre va de Samain à Beltaine, et le temps clair de Beltaine à Samain.
  • La fin du temps des semences et du temps clair est célébrée par une grande assemblée…
  • Lorsque l'on vit au cœur de la nature tout cela coule de source !


Quelques sites au sujet du calendrier gaulois provenant de Coligny :

dimanche 28 juin 2009

La terre des vivants


C'est la terre des vivants
C'est la terre de jeunesse
C'est la terre de tendresse
La terre au bois dormant !

Nous sommes des passants
Des hommes migrateurs
Sur les chemins du vent
Nous cherchons le bonheur…

Nous sommes des migrants
Nous sommes voyageurs
Ici ou là allant
Boussole d'amour au cœur…

Nous sommes des orants
Nous sommes des chercheurs
Du levant au couchant
De rêves sommes porteurs…

Nous sommes des aimants
Nous sommes des passeurs
De la terre des vivants
Nous chantons la splendeur…

BRAN DU

mercredi 20 mai 2009

LE CHANT DU DISCIPLE


Puisqu'il vous plait, vieillards, d'écouter en ce jour
Celui dont vos leçons ont formé la mémoire,
Je chanterai, d'abord, Druides, votre histoire.

Avant qu'ils aient, ici, fixé notre séjour
Vos ancêtres guidaient, déjà, les guerriers Blancs,
De la terre de l'Ourse à celle de l'Elan !

Du froid Septentrion jusqu'à la Cisalpine,
Au long du Rhin sacré, du Danube et du Pô,
Survit le souvenir des porteurs de flambeau :

Huon, qu'on nomme Swan aux pays scandinaves,
Widdon, l'omniscient, Catuvolcos, le brave,
Cent autres, devant qui notre respect s'incline !

Puisqu'il vous plaît, vieillards, d'écouter le disciple,
Je chanterai les dieux de la terre et du ciel :
Salut à Teutatès, le Père Universel,

Ineffable unité qui n'a point de multiple ;
Salut aux dieux puissants des sphères éthérées :
Cobledulitavos, soleil d'Hyperborée,

Erca, Bélisama, reine du firmament,
Taranus, dur géant aux poings chargés d'orages,
Ségomon, jamais las de meurtre et de carnage,

Hu, Clavariatis à la harpe d'argent,
Sucellos, gouverneur de l'abîme béant,
Et Bélatucadros, seigneur des éléments !

Puisqu'il vous plaît, vieillards, d'écouter mes discours,
Je veux encor chanter la génèse des mondes :
Avant les soirs pourprés, avant les aubes blondes,

Avant l'ombre des nuits et la splendeur des jours,
Le Verbe créateur, époux de Coridwen,
Apparut, flamboyant, aux yeux de Menou-Hen !

Et le fils des Trois Cris, le premier Ogmios,
Sur l'ombilic sacré grava les vieilles runes :
Il chanta le Chaos, le soleil et la lune,

Le gouffre originel et le triple cosmos,
Les transmigrations du pélerin des mondes,
Les cieux éblouissants et la terre féconde !

Vieillards, portant au front le sceau de Menou-Hen,
Accueillez, en ce jour, un porteur de l'Awen !

André SAVORET
"Le Bûcher du Phénix" - Ed. Psyché 1933

vendredi 27 février 2009

CHANT BARDIQUE


Possibles sommeillant au sein glauque des eaux,
Du jour où les Trois Cris ont fait frémir l'Abîme,
Nous avons émergé du Chaos anonyme !

Math, au nom révéré, m'a marqué de son sceau :
Sans généalogie et sans humain lignage,
Je suis l'hôte inconnu, porteur du vieux message !

Je suis l'enfant de Math, l'auguste souveraine,
J'ai gardé le Chaudron sacré de Coridwen,
Vers Ynys Pybyrdor j'ai piloté Pridwen !

Je sais le chant de l'elfe et pourquoi la sirène
Exhale sa complainte au creux des noirs récifs,
Je sais tous les secrets du monde primitif.

Je suis l'enfant de Math, la Mère Universelle :
J'ai joué dans l'aurore et pleuré dans la nuit,
Je fus fleur du genêt, luisant rameau du buis,

Vipère tachetée aux yeux de rabucelle,
Loup-cervier dans le bois, aigle sur les hauteurs !
Je suis l'hôte inconnu, surgi des profondeurs…

De Gwynfyd en Abred et d'Announ en Gobren,
En tous lieux m'a porté ma course vagabonde :
Je sais tous les chemins et connais tous les mondes !

J'ai gardé le Chaudron sacré de Coridwen,
J'ai vu Menou l'Ancien tracer les premiers signes
Et Noé travailler à la première vigne.

Je suis l'hôte inconnu, porteur du vieux message…
Quand Menou vit briller, aux cieux, les Trois Rayons,
Je fus marqué par Math et choisi par Gwyon !

De Gwyon j'ai reçu le mystique breuvage
Conférant, à l'esprit qui l'a su mériter,
La suprême sagesse et l'immortalité.

En tous lieux j'ai vécu, rêvé, pensé, souffert :
J'ai retrouvé la clef des portes les mieux closes
Et surpris la Nature en ses métamorphoses.

Je sais tous les chemins de l'immense univers,
J'ai suivi Hu-Kadarn, j'ai piloté Pridwen,
Je suis l'enfant de Math, le fils de Coridwen !

… … … … … … … … … … … … … …
Vos ancêtres, jadis, m'ont appelé Myrddyn…
Puisqu'il vous faut un nom, je suis Taliésin !

André SAVORET
dans “Le Bûcher du Phénix”
Ed. de Psyché 1933.

A lire également : Ar Rannou.

Câd Goddeu, le Combat des Arbres



Le Câd Goddeu est un ancien mythe gallois, “le Combat des Arbres” est livré entre Arawn roi d'Annwn (”le lieu sans fond”) et les deux fils de Dôn, Gwydion et Amaethon. Ce combat des arbres fut occasionné par un vanneau, un chevreuil et un petit chien d'Annwn. Le Roman de Taliesin contient un long poème, ou groupe de poèmes alignés bout à bout, désigné comme le Câd Goddeu et dont les vers semblent être dénués de sens, parce qu'ils ont été délibérément mélangés.

La suite sur Krapo arboricole !

Notes :


vendredi 9 janvier 2009

LE GRAAL


Vieille dalle de granit d'un ténébreux enfer
Rivée par des menhirs que les Anciens levèrent
De leurs mains de Géant.
Bretagne, tu deviendras le soc d'un autre monde
Pour de nouveaux labours, des moissons plus fécondes
Jusques à la nuit des temps.
Car c'est un jour d'été à la fin de notre ère,
En la ville d'Aleth, là où le fleuve Mère
Se nourrit d'Océan,
Qu'un dieu est apparu sous les arbres mythiques,
A l'endroit où veillait un calvaire celtique
Effacé par les ans.
Un long manteau plissé l'habille jusqu'à terre
Rouge comme le bandeau couleur de mystère
Enserrant son front blanc.
Ses yeux sont bleus et clairs, son visage christique.
Il est jeune et s'approche du point messianique
Où le témoin l'attend.
Bandeau, Cercle divin et Source de Lumière,
De chaleur et de Vie, brulant Cromlec'h solaire,
Astre des nouveaux temps.
Tu restes l'inconnu de la vision cosmique,
L'Alpha et l'Oméga que la mer Gaélique
Dissipe lentement.
Dieu rouge des Anciens, creuset d'âmes et de pierres,
Quand le Sage apeuré se calfeutre et se terre,
Tu veilles sur tes enfants.
Que monte à ton parvis des terres d'Armorique,
Des cantiques bretons aux anciennes mystiques,
La ferveur de leurs chants.
Alethia-Véritas, Gardienne du Calice,
Dans lequel a coulé le sang du sacrifice,
De l'ère des Poissons ;
Le Saint-Graal est en toi, d'or, d'ivoire et de jade,
Et vous le trouverez chevalier Galaad
Sur les marches d'Aaron.
Le grand effroi passé fleurira de verveine,
L'oiseau ramènera le gui au creux du chêne
Pour les faucilles d'or.
L'Homme redressera la vieille croix rustique
Et le vent reprendra l'éternelle musique
Des harpes de l'Armor.
Celtes, vous connaîtrez le bonheur édénique,
Peuple nu, insoumis, qu'indiffère la mort ;
Dieu vous protégera de sa rouge tunique
Des remparts de Guérande, aux rochers de Glen-More.

AR ROH ILIA

Extrait de la revue AR GWYR n° 35