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Possibles sommeillant au sein glauque des eaux,
Du jour où les Trois Cris ont fait frémir l'Abîme,
Nous avons émergé du Chaos anonyme !
Math, au nom révéré, m'a marqué de son sceau :
Sans généalogie et sans humain lignage,
Je suis l'hôte inconnu, porteur du vieux message !
Je suis l'enfant de Math, l'auguste souveraine,
J'ai gardé le Chaudron sacré de Coridwen,
Vers Ynys Pybyrdor j'ai piloté Pridwen !
Je sais le chant de l'elfe et pourquoi la sirène
Exhale sa complainte au creux des noirs récifs,
Je sais tous les secrets du monde primitif.
Je suis l'enfant de Math, la Mère Universelle :
J'ai joué dans l'aurore et pleuré dans la nuit,
Je fus fleur du genêt, luisant rameau du buis,
Vipère tachetée aux yeux de rabucelle,
Loup-cervier dans le bois, aigle sur les hauteurs !
Je suis l'hôte inconnu, surgi des profondeurs…
De Gwynfyd en Abred et d'Announ en Gobren,
En tous lieux m'a porté ma course vagabonde :
Je sais tous les chemins et connais tous les mondes !
J'ai gardé le Chaudron sacré de Coridwen,
J'ai vu Menou l'Ancien tracer les premiers signes
Et Noé travailler à la première vigne.
Je suis l'hôte inconnu, porteur du vieux message…
Quand Menou vit briller, aux cieux, les Trois Rayons,
Je fus marqué par Math et choisi par Gwyon !
De Gwyon j'ai reçu le mystique breuvage
Conférant, à l'esprit qui l'a su mériter,
La suprême sagesse et l'immortalité.
En tous lieux j'ai vécu, rêvé, pensé, souffert :
J'ai retrouvé la clef des portes les mieux closes
Et surpris la Nature en ses métamorphoses.
Je sais tous les chemins de l'immense univers,
J'ai suivi Hu-Kadarn, j'ai piloté Pridwen,
Je suis l'enfant de Math, le fils de Coridwen !
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Vos ancêtres, jadis, m'ont appelé Myrddyn…
Puisqu'il vous faut un nom, je suis Taliésin !
André SAVORET
dans “Le Bûcher du Phénix”
Ed. de Psyché 1933.
A lire également : Ar Rannou.
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