mardi 6 janvier 2009

Des liens vers la Licorne



Licorne

Cette licorne que vous l'avez vu monter est la monture ordinaire des Gangarides, peuple vertueux et invincible qui habite la rive orientale du Gange ; c'est le plus bel animal, le plus fier, le plus terrible et le plus doux qui orne la terre.


La licorne (Grec : Μονόκερως, Latin : Unicornis) est un animal mythique ayant le corps et la tête d'un cheval avec une corne torsadée unique au front.

Le Livre de la Licorne
Yvonne Caroutch
Pardès

Sur les traces de la licorne tibétaine

Francesca-Yvonne Caroutch est l'une des grandes spécialistes de cet animal sacré que l'on retrouve dans toutes les traditions du monde. En voyageant en Asie, notamment au Tibet, dès 1984, elle s'aperçoit que la licorne est une tradition toujours très vivante dans les pays himalayens.

Comment avez-vous fait le lien entre la licorne et le Tibet ?

Le premier contact s'est fait au musée de Cluny. Les Tapisseries de la Dame à la Licorne représentent partout des unicornes chevalines. Une seule de ces licornes n'est pas un cheval, mais un bouc angora qui est la réplique d'une licorne himalayenne. Ensuite, en lisant les Jatakas, récits prè-bouddhiques, j'ai découvert que Bouddha, dans une de ses vies antérieures s'appelle "Ekashringa", nom qui signifie "corne unique". Il est devenu l'ancêtre de toutes nos licornes occidentales. Voilà le point de jonction, pour moi, entre la licorne occidentale et la licorne orientale. Comme la culture tibétaine me passionne profondément, c'est au Tibet et dans les Himalayas que j'ai le plus étudié les licornes.

Quelle a été votre première rencontre avec les licornes du Tibet ?

En 1981, au monastère de Rumtek, au Sikkim, alors que j'assistais aux cérémonies de Sa Sainteté le XVI Karmapa, j'ai vu pour la première fois ces deux grandes licornes de bronzé doré qui entourent la roue du Dhama au sommet du sanctuaire. Parfois ce sont deux gazelles qui veillent sur la Roue de l'enseignement du Bouddha, en souvenir du parc aux gazelles de Sarnath, là où Sakyamouni donna son premier sermon. Lorsque ce sont deux licornes, celles-ci symbolisent la fusion des polarités masculine et féminine, l'union des moyens opératifs et de l'amour, la sagesse, et la vacuité. Ce symbole bouddhique devint l'emblème personnel des Karmapas. Le XVIe Gyalwa, l'avait choisi pour figurer sur son papier à lettres, et le XVIIe, Urgyen Trinley Dordje, fit de même.

Que représente cet animal sacré que vous avez retrouvé dans les Himalayas ?

La licorne est l'animal de la tradition par excellence, qui relie terre et ciel, visible et invisible. Par son androgynie, il évoque la restauration de l'état édénique. Pour le yogi, la licorne symbolise la fusion des deux canaux latéraux, droit et gauche, qui se rejoignent dans le canal central aboutissant au Lotus aux mille pétales, au sommet du crâne. Elle est l'animal tantrique de la non-dualité transmutant les souillures, l'animal gnostique proposant la libération par la connaissance, un des emblèmes favoris des alchimistes. La licorne incarne l'amour universel, la lumière, l'esprit d'éveil. On la retrouve dans toute les traditions. Elle est particulièrement présente au Tibet et dans les pays himalayens, bien qu'on en parle assez peu dans les textes sacrés. Dans le Dict de Padma, le bodhisattva de Sagesse, Manjoushri, fait appel au pouvoir de la licorne et à celui de la Fleur d'or. Drukpa Kunley, le célèbre "Fou divin", l'évoque aussi. Attribut du Sambhogakaya, Corps de jouissance des Bouddhas, la licorne tibétaine désigne plus particulièrement l'esprit d'éveil des bodhisattvas qui fait tourner inlassablement la Roue du Dharma, jusqu'à la libération de tous les êtres. C'est pourquoi ce mystérieux animal figure au-dessus de nombreux temples et monastères veillant la Roue du Dharma.
On le voit aussi représenté dans l'art religieux : gardant souvent les quatres porte des mandalas, dans les médaillons des chambres de méditation, sur les broderies des grandes bannières, ou sur les thangkas. La licorne se tient parfois aux pieds de Thang Tong Gyalpo, roi de la plaine de Shunyata, la Vacuité. Elle est la compagne du "vieillard de sagesse", et l'un des sept attributs du Chakratin, Roi du Monde. Elle sert de monture, parfois à Dam Chan Dorje Legpa, "Beau Diamant lié par un voeu".

Connaît -on l'origine des licornes du Tibet ?

C'est certainement un animal d'origine chamanique. Les chamanes savaient réaliser les licornes vivantes à partir de chèvres angora, en torsadant et en soudant les cornes quand l'animal est jeune. Les bouddhistes ont hérité de cette coutume. Mais très vite elle a été interdite parce que l'animal peut souffrir. Je sais qu'il y a eu beaucoup de licornes réalisées de cette façon dans l'ancienne religion des Bön au Tibet avant l'arrivée des bouddhistes vers le VIIIème siècle. La tradition Bön existe toujours, elle fait partie de la cinquième école tibétaine, reconnue par par le Dalaï Lama. Mais il semble que cet animal existe vraiment. Les voyageurs du passé comme le Père Huc, l'évoquet souvent. De nos jours, Samten Karmay en signale aussi la trace au Tibet oriental.

La licorne tient-elle une place dans l'enseignement bouddhiste ?

A ma connaissance, les enseignements ne parlent jamais de la licorne. C'est à titre privé, exclusivement, que j'ai reçu des informations de la part des lamas tibétains sur son aspect symbolique. Ils disent tous des choses différentes, mais leurs réponses se recoupent. Pour certains courants du bouddhisme, l'unicorne est l'accès au nirvana. La corne unique de cet animal sacré étant en relation directe avec la glande pinéale ou "troisième oeil", la licorne est pour les ascètes le symbole de facultés non-ordinaires telle que la "vue prénétrante". Certains mettent plutôt l'accent sur la l'esprit d'éveil ou "bodhicitta" sans laquelle il n'est pas d'illumination. "On comprend la licorne selon le niveau où l'on se trouve" m'a répondu, Khempo Tsultrim Gyamtso, appelé le "samouraï de la vacuité". C'est certainement le Tibétain qui a le mieux compris la nature de l'Esprit. Ce très grand yogi vécut longtemps dans des grottes avant l'exode. Pour les esprits les plus élevés, la licorne est l'animal de la vacuité mais il est très difficile d'en parler. On atteint là le domaine de l'indicible.

Existe t-il encore des rites de purification liès à la licorne ?

La licorne posséderait des vertus pour absorber les poisons et les venins. Cet aspect purificateur de la licorne se retrouve dans les Védas, et certains textes anciens de l'Inde où il est question notamment du rôle curatif de sa corne. J'ai remarqué qu'à l'entrée du temple des lamas à Pékin, les pèlerins mongols et tibétains ont la coutume de caresser la corne d'une statue de licorne qui ressemble à un dragon. Cette coutume nulle part ailleurs, même au Tibet. Sans doute a-t-elle disparue. On comprend ainsi pourquoi la corne des animaux unicornes, comme celle des rhinocéros, est utilisée dans la pharmacopée de nombreux pays, depuis longtemps et encore aujourd'hui, notamment en Afrique et en Chine.

Connaissez-vous des légendes tibétaines sur la licorne ?

Oui, il y en a de nombreuses. Les Annales Bleues rapportent, par exemple, que le IV Karmapa, chef spirituel tibétain du XIVe siècle, s'est rendu au paradis de Tushita en empruntant la forme d'une licorne. Il y a aussi cette très belle histoire : une licorne voyant un homme en danger au bord d'un précipice, pousse l'homme en arrière afin de sauver et tombe à sa place. Sa corne magique amortit sa chute. Dans les Jatakas, je vous signalais déjà cette vie antérieure du Bouddha, celle de l'ermite "Ekashringa", qui veut dire "corne unique" et qu'on traduit par "Corne de gazelle". Cet ascète avait le don d'arrêter les nuages ou de faire pleuvoir. Alors que règne la pire des sécheresses et maintes calamités, un roi de l'inde envoie sa fille pour le séduire afin que la pluie et la fertilité reviennent. Cette histoire d'origine pré-bouddhique chère au Ve Dalaï Lama, est le symbole de la sagesse sauvage subjuguée par l'amour d'une femme. C'est à partir de cette légende, véhiculée par les colonies indiennes jusqu'à Alexandrie, que sont nés tous nos contes licorniens dans lesquels la licorne ne peut être approchée que par une jeune fille pure. Les chrétiens ont repris cette version car ils y ont vu le symbole de la Vierge et du Christ.

Interview : Aurore Gauer

A lire de Francesca-Yvonne Caroutch :

  • La Licorne alchimique, Editions philosophiques
  • Le Livre de la Licorne, Editions Pardès.
  • Miroir de la Licorne, Editions de l'Orbe.
  • Le Mystère de la licorne, Editions Derry.
  • La Fulgurante Epopée des Karmapas, Les Enfants de l'éveil, Editions Dervy
  • Miroir de la Licorne (document Word à télécharger)

La dame et la licorne
de Jean-Baptiste Baronian, Laurence Henn
Réunion des Musées Nationaux (23 septembre 2001)

Les Dames à la licorne
par René Barjavel
Pocket (1 décembre 2000)

Unicorns - Learn about the myth
(extrait) :

The mythical creature appears already in the pre-historical Harappa period. In the indian book "Mahabharata" we meet "Rishi Ekasringa"*, known to us as Unicorn, living in harmony with the other creatures of the forest.
In India the Unicorn had a very important role, judging from the oral and written traditions of the country.

The indian tradition says that he was born by an ariel that drank from the fertile water of a lake. In the later west traditions, the fertile water would become the poisonous water that could by purified by the alicorn (Unicorn's horn).

* Cf. :




1 commentaire:

Lucie Trellu a dit…

Bon, là pour le coup je n'ai pas tout lu, mais je sais où chercher des infos sur cet animal mythique si besoin ! Quel travail de compilation... Bravo !