Dans la douceur des premiers rayons de soleil, une feuille se détache lentement d'une branche. Sans résistance, sans regret, elle danse librement dans l'air avant de se déposer doucement à terre.
Cette feuille, en se détachant ainsi, nous enseigne la sagesse profonde du lâcher-prise.
Le lâcher-prise, selon le Taoïsme, est l'art subtil de suivre le mouvement naturel de la vie, de s'abandonner avec confiance au courant universel du Tao.
Lao Tseu nous rappelle dans le Tao Te King : « Celui qui force son chemin s'épuise, tandis que celui qui suit le cours naturel trouve aisément la paix ».
En lâchant prise, nous cessons de nager à contre-courant et retrouvons naturellement l'équilibre intérieur.
Le Tao nous invite à devenir comme l'eau, humble, fluide, capable de s'adapter à toutes les situations, sans jamais perdre sa véritable nature.
Pour le bouddhisme, le lâcher-prise est le remède à nos souffrances.
Bouddha nous enseigne que l'attachement excessif génère la souffrance, car rien dans ce monde n'est permanent. Accrochés à nos certitudes, à nos désirs ou à nos peurs, nous sommes prisonniers de nos propres illusions.
En accueillant l'impermanence avec sérénité, en acceptant de laisser partir ce qui doit partir, nous découvrons la liberté véritable.
Lâcher prise devient alors un acte de compassion envers nous-mêmes et envers les autres, nous libérant de nos chaînes mentales et émotionnelles.
Le confucianisme, quant à lui, souligne l'importance d'une juste mesure dans nos actions et nos pensées.
Confucius nous rappelle : « Trop loin à l'Est, c'est déjà l'Ouest ».
Autrement dit, l'excès d'attachement à nos idées, nos ambitions ou nos objectifs, conduit irrémédiablement à la perte de l'équilibre harmonieux, source de désordre intérieur.
Le lâcher-prise confucéen est celui de l'homme sage, capable d'agir avec détermination, mais aussi de relâcher, de ne pas s'entêter lorsque le destin nous invite à changer de voie.
Victor Hugo, dans son poème « Demain, dès l’aube », exprime magnifiquement ce lâcher-prise face au deuil et à la douleur :
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Ainsi, que ce soit à travers l'eau souple du Tao, l'impermanence paisible du Bouddha, l'équilibre subtil de Confucius ou l’acceptation profonde de Victor Hugo, le lâcher-prise nous guide vers la paix intérieure, la légèreté du cœur, et l'ouverture à toutes les richesses que la vie nous offre généreusement lorsque nous cessons de vouloir tout contrôler.
Aujourd'hui, inspirons-nous de cette feuille qui lâche sa branche sans regret. Apprenons, nous aussi, à relâcher avec douceur et confiance ce qui ne nous sert plus, pour accueillir pleinement l'instant présent dans toute sa beauté et sa simplicité.
Jean PELISSIER
Médecine Traditionnelle Chinoise