vendredi 14 janvier 2011

Connla et la Jeune Fée






onnla aux Cheveux de Feu était fils de Conn aux Cent Combats.


Un jour, tandis qu’il se tenait au côté de son père, sur les hauteurs d’Usna, il vit une jeune fille vêtue d’étranges atours venir vers lui.

« D’où viens-tu, jeune fille ? » dit Connla.

« Je viens des Plaines des Immortels », dit-elle, « là où il n’y a ni mort ni péché. Là-bas nous sommes toujours en fête, et n’avons pas non plus besoin d’aide de quiconque pour être dans la joie. Et dans tout notre plaisir, jamais ne nous querellons. Et parce nous avons nos demeures sur les vertes collines rondes, les hommes nous appellent le Peuple des Collines. »

Le roi et tous ceux qui l’accompagnaient s’étonnèrent grandement d’entendre une voix alors même qu’ils ne voyaient personne. Car, à l’exception du seul Connla, aucun ne voyait la Jeune Fée.

« A qui parles-tu, mon fils ? » dit le roi Conn.

Alors la jeune fille répondit, « Connla parle à une jeune fille aux cheveux blonds, que ni la mort ni la vieillesse n’attendent. J’aime Connla, et à présent je l’appelle à venir dans la Plaine du Plaisir, Moy Mell, où Boadag règne pour toujours, et où jamais dans ce pays il n’y a eu ni plainte ni chagrin depuis qu’il est sur le trône. Oh, viens avec moi, Connla aux Cheveux de Feu, vermeil comme l’aurore avec ta peau aux tons fauve. Une couronne de fée t’attend pour honorer ton visage avenant et ta stature royale. Viens, et jamais ta beauté ne se fanera, ni ta jeunesse, jusqu’à ce dernier jour horrible du jugement. »

Le roi, empli de peur aux paroles de la jeune fille, qu’il entendait bien que ne pouvant la voir, appela d’une voix forte son Druide, du nom de Coran.

« Ô Coran aux maints sortilèges, » dit-il, « et à l’habile magie, j’en appelle à ton aide. Une tâche m’échoit qui est trop grande pour tout mon talent et tout mon esprit, plus grande qu’aucune qui m’ait échu depuis que je suis sur le trône. Une jeune fille invisible est venue à notre rencontre, et par son pouvoir voudrait m’enlever mon cher, mon magnifique fils. Si tu ne m’aide pas, il sera enlevé à ton roi par les ruses et les envoûtements de cette femme. »

Alors Coran le Druide s’avança et psalmodia ses formules magiques en direction de l’endroit où la voix de la jeune fille avait été entendue. Et personne n’entendit plus sa voix, pas plus que Connla ne put la voir. Toutefois, lorsqu’elle disparut avant le puissant sortilège du Druide, elle lança une pomme à Connla.

Pendant un mois entier à compter de ce jour, Connla refusa de s’alimenter, il ne mangea ni ne but, à la seule exception de cette pomme. Mais lorsqu’il la mangea, elle grossit de nouveau et demeura toujours intacte. Et pendant tout ce temps-là grandit en lui un ardent désir et une puissante attirance pour la jeune fille qu’il avait vue.

Mais lorsqu’arriva le dernier jour du mois d’attente, Connla se tenait au côté du roi son père sur la Plaine d’Arcomin, et de nouveau il vit la jeune fille venir vers lui, et de nouveau elle lui parla.

« C’est une place glorieuse, en vérité, qu’occupe Connla parmi les mortels à la vie éphémère attendant le jour de la mort. Mais à présent le peuple de la vie, les immortels, te convient ardemment à venir à Moy Mell, la Plaine du Plaisir, car ils ont appris à te connaître, en te voyant chez toi parmi ceux qui te sont chers.

Lorsque le roi Conn entendit la voix de la jeune fille, il héla ses hommes d’une voix forte et dit :

« Allez sur l’heure quérir mon Druide Coran, car je vois qu’elle a aujourd’hui recouvré la parole. »

Alors la jeune fille dit « Ô puissant Conn, guerrier aux cent combats, le pouvoir du Druide est peu aimé ; il n’est pas en grand honneur dans le puissant pays, que peuplent tant d’êtres droits parmi tous. Lorsque viendra la Loi, elle supprimera les sortilèges magiques du Druide qui sortent des lèvres du démon noir et perfide. »

Alors le roi Conn observa que depuis que la jeune fille était venue, Connla, son fils, ne parlait à personne qui s’adressât à lui. Conn aux cent combats lui dit donc, « Songes-tu sérieusement à ce que dit la femme, mon fils ? »

« C’est dur pour moi », dit alors Connla ; « j’aime mon propre peuple par-dessus tout ; mais cependant une puissante attirance s’est emparée de moi pour la jeune fille. »

Lorsqu’elle entendit cela, la jeune fille répondit en disant « L’océan n’est pas aussi fort que les vagues de ton attirance. Viens avec moi dans mon coracle, le canot de cristal étincelant glissant sans dérive sur les flots. Bientôt nous pouvons atteindre le royaume de Boadag. Je vois le soleil éclatant s’enfoncer dans l’eau, pourtant aussi loin soit-il, nous pouvons l’atteindre avant la nuit. Il y a, aussi, un autre pays qui mérite ton voyage, un pays joyeux pour tous ceux qui le cherchent. Seules des femmes et des jeunes filles l’habitent. Si tu veux, nous pouvons le chercher et vivre là-bas seuls ensemble dans la joie. »

Lorsque la jeune fille cessa de parler, Connla aux Cheveux de Feu s’élança loin des siens et sauta dans le coracle, le canot de cristal étincelant, glissant sans dérive sur les flots. Et alors tous, le roi et la cour, virent l’esquif s’éloigner en glissant sur la mer éclatante vers le soleil couchant. Loin, toujours plus loin, jusqu’à ce que l’œil ne puisse plus le voir, et Connla et la Jeune Fée suivirent leur cap sur la mer, et l’on ne les vit plus, et nul ne sut où ils étaient arrivés.

Traduit de l'anglais sur ma demande par Véronique Lacharme
à partir de : Connla and the Fairy Maiden

Note :

Connla (Connla's Well) est également le nom de la Source merveilleuse d'où émanent les sept ruisseaux sacrés de l'Irlande. C'est dans l'un d'eux, Shannon, que les noisetiers (arbre de l'enseignement druidique) laissent tomber leurs fruits que viennent manger les saumons de la science.
Voir noisetiers, saumons, source.
Extrait du "Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique Celte
de Robert-Jacques THIBAUD aux Éditions DERVY

1 commentaire:

Hélégia a dit…

Merci pour cet agréable instant de lecture, j'ai beaucoup lu de choses sur les légendes celtiques, mais les fées savent bien que malheureusement réellement je ne ne connais peut-être pas grand chose de toute l'étendue de la richesse littéraire des contrées celtiques. J'ai une grande tendresse et foi pour la terre et ses légendes.. Et je dois dire bien souvent ressentir un lien fort avec ce monde qui parait impalpable mais qui est bien présent autour de nous et dans nos coeur...
Gros Bisous
Gwladys (Hélégia ou encore Dame Péronnelle La Renarde dans ma Ch'tite Association Médiévale...)