mardi 13 janvier 2009

Légendes de la Mythologie Nordique


Légendes de la Mythologie Nordique
Jean Mabire
Ancre de Marine 1999


Yggdrasil

Arbre sacré et véritable axe du monde nordique, Yggdrasil (1) apparaît comme le symbole même de la vie. Ses branches, comme des bras puissants, frémissent dans les cieux, tandis que ses racines sinueuses croissent à travers tous les mondes. La plus grosse s'étend vers Asaheim, le séjour des dieux, la plus noueuse vers Jotunheim, le pays des géants, et la plus puissante subit, au-dessus de Nifiheim, le monde du brouillard, les morsures du gigantesque dragon Nidhug, l'Amer-Rongeur. Mais la racine gonflée de sève vivante, résiste aux crocs et au venin et abrite la fontaine Hvergelmir.

Une autre fontaine jaillit sous la racine qui s'étend vers le monde des géants. Elle porte le nom de Mimir et donne à qui s'y abreuve avec la corne Gjallar, l'intelligence et la sagesse.

La troisième fontaine qui se trouve sous la racine d'Yggdrasil s'étendant vers le monde des dieux, se nomme Urdar. Autour d'elle, les maîtres d'Asaheim se réunissent tous les jours en franchissant le pont Bifrost, cet arc-en-ciel où la lumière primitive joue avec le soleil et la pluie.

Autour de la fontaine d'Urdar habitent trois filles qui se nomment Urd, c'est-à-dire le Passé, Vervandi, c'est-à-dire le Présent et Skuld, c'est-à-dire le Futur. Ces filles, maîtresses absolues du temps, fixent sans recours la durée de la vie de tous les hommes. Elles connaissent ainsi le plus redoutable de tous les secrets et dévident sans fin le fil de l'histoire. On les appelle les Nornes et chacun les aime, les respecte et les craint, car rien n'est plus terrible que l'inexorable fuite du temps.

Tout le mystère du monde réside dans ce perpétuel enchaînement. Le Passé commande notre Futur. Et le Présent n'est qu'un point fugitif qui roule entre nos doigts comme un grain de sable imperceptible et insaisissable. Et le silence des Nornes, avec leurs longs cheveux sombres et leurs yeux transparents, pèse sur les hommes qui ne peuvent interroger celles qui connaissent ainsi l'heure où s'arrêtera le destin de chacun.

Affronter le verdict de Skuld, Vervandi et Urd, reste le plus grand combat de ceux qui vivent dans la seule certitude de mourir. Et quand tous dorment, les Nornes veillent toujours, attentives à mesurer ce qui appartient à chacun.

L'if sacré est à la fois l'arbre de vie et l'axe du monde. Lui aussi doit lutter pour étendre ses branches vers le ciel où s'amassent les nuages. Sans cesse, des poulains sauvages dévorent ses bourgeons et des serpents venimeux attaquent ses racines. Mais Yggdrasil résiste et survit. Il ne peut pas mourir, car les trois Nornes prennent soin de lui.

Chaque jour, elles tirent de l'eau de la fontaine d'Urdar, la répandent sur la terre jusqu'à obtenir une boue épaisse. Et avec ce mélange sacré, qu'elles nomment Auri, Urd, Vervandi et Skuld frottent l'écorce de l'arbre de vie. Ainsi, Yggdrasil restera toujours vert et son feuillage pourra étendre son ombre bienfaisante sur les neufs mondes.

Toujours en fleur, il se dresse au-dessus de la fontaine d'Urdar, où nagent deux cygnes, immaculés et majestueux. Des gouttes de rosée tombent lourdement sur la terre à chaque aurore. Cette rosée n'est pas de l'eau mais du miel. Et s'en nourrissent cent et cent abeilles bourdonnantes. Dans le murmure de l'eau claire et l'odeur du miel, l'if Yggdrasil affirme le triomphe de la belle saison.

Sur la branche la plus élevée de l'if Yggdrasil, se tient un aigle, et entre les yeux de cet aigle siège le faucon Vedfolnir. Ainsi deux oiseaux de proie regardent le monde, nuit et jour, prêts à fondre sur qui transgresse l'ordre naturel des choses.

Sans cesse, un écureuil, Ratatosk, court du haut en bas de l'arbre. Tantôt il grimpe dans les branches les plus élevées, tantôt il se glisse sous les racines les plus profondes. D'une belle couleur d'ambre roux, agile et malin, il cherche sans cesse à provoquer un combat entre l'aigle et les serpents.

De leur affrontement naît la lutte indispensable à toute vie. Le monde est guerre. La paix, c'est la mort. Alors, jusqu'à la fin des temps, excités par Ratatosk, vont se déchirer l'aigle et le serpent, le rapace du ciel et le reptile de la terre, celui qui plane et celui qui rampe, l'oiseau de lumière et la bête des ténèbres. Ainsi s'opposent la force et la ruse, en une lutte éternelle, qui ne connaîtra ni vainqueur ni vaincu car le triomphe et la défaite sont également mensongers et seul compte le combat, indissoluble enlacement de la mort et de la vie, du bien et du mal, de la joie et de la peine.

A l'ombre d'Yggdrasil, l'aigle et le serpent proclament à jamais cette vérité primordiale du Nord : ce qui vit, c'est ce qui lutte.

Bientôt, ils vont à nouveau combattre. Et le sang qui coulera de leurs blessures, sur les plumes et les écailles, sera aussi vital que la rosée de miel que butinent les abeilles.

Dans le vent du Nord, frissonnent les hautes branches de l'if Yggdrasil. Autour de lui tourne le monde.

  • (1) La coutume veut que l'arbre Yggdrasil soit un frêne. En réalité, il semble qu'il s'agisse plutôt d'un if. Toute la tradition nordique considère en effet l'if comme un arbre sacré et son culte (souvent christianisé) s'est maintenu jusqu'à nos jours.


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2 commentaires:

Lucie Trellu a dit…

Très intéressant, merci ! Ceci dit, en lisant cela, je me rend compte que je suis bien héritière de la tradition celtique et non nordique... J'entend bien cette idée de la vie comme un combat perpétuel. Mais elle ne vibre pas en moi.

Annie Masson a dit…

Merci pour la présentation de ce livre de Jeau Mabire et le
l'explication de cet arbre sacré.
Bonne semaine à toi
Bisous
Annie